Écrire la parole
Dans l'écriture d'un projet dramatique, le canevas s'impose comme format structurant suffisant.
Parfois l'inspiration vient au dramaturge sous forme de mouvements d'état, et c'est cela qu'il devient nécessaire de préciser dans l'écriture. C'est alors que le texte littéraire peut servir de support à la voix qui trahit les états, plus sous forme de poèmes que comme support principal.
La parole est une adresse. Elle naît d'une nécessité à transmettre l'état et l'idée qui l'habite. La parole est cette dualité, elle contient une forme et une musicalité.
Le dialogue
Le dialogue est une négociation de deux états ou connaissances qui cherchent un accord, qui cherchent une entente qui organise deux personnages dans une question commune. Cette question commune, c'est la promesse d'une réaction collégiale vers l'évènement. Elle peut être une question littérale et formulable, et elle peut aussi être une question abstraite et ontologique, dans l'espace mouvant, dans tous les cas elle est l'enjeu qui justifie le dialogue.
C'est une entente qui peut se résoudre par l'absurde, dans cette même logique qui, parfois, oblige un personnage dramatique à s’améliorer par la mort.
Le dialogue peut donc être une harmonisation des connaissances par l'échange d'information. La théâtralité se trouve ici dans un choix d'expressions imagées, sensorielles ou émotionnelles qui invitent la participation du public par le biais de l'empathie.
Le dialogue peut aussi être une harmonisation des états par le regard, à cet endroit où le verbe est le support d'une transformation dans l'invisible. Ici le lyrisme est essentiellement soutenu par le jeu de l'acteur. C'est ici que le théâtre est le plus spectaculaire dans le sens où le corps est principal référentiel de la parole. Le dramaturge a beaucoup à gagner à trouver ce mouvement dans ses poèmes.
La tirade
La tirade est l'élément du dialogue où un personnage étend sa parole dans un espace suffisamment grand pour qu'elle trahisse un mouvement d'intériorité dans ses variations. Elle s'impose quand le personnage cherche une empathie, et que cette empathie est nécessaire au dialogue, quand la parole est débordée par une intensité ou une subtilité ineffable.
La tirade est nécessairement lyrique, dans l'idéal hypnotique, car elle veut emporter l'auditeur ou le public à l'endroit précis d'un état.
Le monologue
Le monologue est un exercice théâtral difficile. Il porte une parole destinée à l'intimité, mais qui porte l'information dont le public à besoin. Là où l'être n'a pas besoin de parler, le personnage de théâtre s'épanche dans la perception du public.
Le monologue n'est pas une adresse, pas directement. Il est une réflexion offerte au regard du public. Le monologue ne doit son extériorisation qu'à la présence du public.
Le monologue est aussi une négociation. Il est une négociation dans la dichotomie de l'être. Il est la part intime et mouvante qui se confronte à sa part sociale, sa pensée. Il est sa part sociale qui se confronte à son tour à sa part intime. Dans l'échange, l'être crée un rythme qui s'amplifie, dans l'idéal, jusqu'à l'émotion. C'est cela, réfléchir. Le monologue est une réflexion intime emmenée jusqu'à sa floraison.
La voix nue
La voix nue, le cri, l'onomatopée, le silence,
Restent le corps du texte.
Aucun poème littéraire n'a de sens sans les rires, les gargouillements, les râles qu'il évoque et qu'il propulse vers la pensée,
Dans le verbe indicateur.