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Mon corps est un livre sacré

En donnant une membrane à nos cellules, nous avons pris une forme et notre présence est devenu un corps. Le vivant a fait abstraction de lui-même avec son environnement. Son esprit animiste a acquis une volonté propre et il a commencé à se mouvoir. Cette volonté et sa mobilité a permis à l’esprit de se projeter dans des futurs de plus en plus éloignés, projetant la nouvelle phantasia et son imaginaire. L’imaginaire a ouvert la voie à la memoire. Les souvenirs, dans les mouvements d'abstraction et d'intrication, a permis la psychologie. Cette psychologie échappe naturellement à l’environnement. L'esprit humain s’est spécialisé dans l'abstrait et s’est évanoui dans des mystiques puissantes et variées. Par complexe, la persévérance de l’esprit à toucher l’immatérialité l'a amené jusqu'au pouvoir de désincarnation, c’est-à-dire l’abstraction de l’environnement physique, concret, poussée jusqu’à l’intimité du corps.
Ainsi est s'est structuré l'être social ou la culture a supplanté la nature. C'est la peur de ne pas arriver à penser, qui a nourri la désensibilisation à l'invisible, et porté la dénaturation de l'être humain. cette abstraction originelle de la pensée a permis le langage et l'être humain s'est spécialisé dans la dichotomie franche des être dissociés.

Ni dieu, ni bête.

Si l’abstraction devient seule fonction proposée à mon esprit, je peux espérer aller toucher le néant et trouver, à rebours de ces abstractions, des présences qui me permettraient de mieux comprendre mon environnement concret, indispensables pour affûter mes perceptions de la façon la plus radicale et la plus essentielle. Retrouver un monde nu qui serait révélateur de quelques évidences oubliées.
En l'écrivant je me rend compte que c'est cela
La poésie.
Et alors je découvre la valeur de ma démarche et continue de creuser.

Puisque l’abstraction est le fondement même de la pensée là où le corps est missionné pour l’intrication, alors l’abstraction peut être dans la pensée seule et peut donc s’écrire.

Ma pensée béguaie comme un coup de pelle.

L’abstraction est la source de nos confusions quand elle n’a pas réussi à trouver ses fondations dans le néant même et qu’elle ne se suffit pas à elle-même. Je veux la voir sur ses terres.

L’abstraction est une source de paradoxe quand une chose est abstraite depuis deux ensembles distincts.

Je dois m'abstraire de mon corps pour faire l'exercice de la pensée, mais je ne peux pas m'abstraire de mon corps pour faire l’exercice de la pensée. Cet impossible détachement au corps induit aussi son impossible résolution.
Je parle là probablement de l’expérience de la mort et dès lors je serai démunis pour la penser.
Je ne peux pas m'abstraire de mon corps orgasmiques pour respecter le désir impartial de la vérité.
Le corps organique est un objet concret.
Le corps orgasmique est un mouvant dans la dimension qui rend au concret toute sa lucidité.

Je dois faire avec, et ainsi raisonner avec, et
Peu importe l'objet puisque
Il n'est ici question que de couleur et de néant.

Je constate sans difficulté qu’à la vue de toutes ces contraintes,
C’est un exercice périlleux qui m'attend,
Et que je ne pourrai jamais échapper à l'absurde.

L'absurde est la clef.
Sa régie est stricte elle
Est mon orgasme.

L’abstraction est ainsi l’aveu de ma présence comme une fatalité insupportable si
Être vivant est une qualité devenue redoutée par l’esprit.
L’abstraction m'oblige à ma présence. Elle m'oblige, par conséquent, physiquement, à chaque autre présence, concrète et abstraite. Elle m'oblige à la tentation
Des intrications.
Je lutte et m'accroche à ma pelle bègue.
Ainsi, je n’essentialise plus, je formalise à tue-tête.
Les phénomènes invisibles, imperceptibles du cosmos me sont alors rendus impensables dans la maniaquerie objectale.

Dans cet état d’esprit, la lumière devient invisible et il m'est littéralement impossible de penser.
C’est le paradoxe de la pensée.
Nous ne pouvons nous abstraire du corps pour penser.