Abstraction et Intrication
Trouver une forme c’est être en mesure de l’extraire de son contexte, c'est un découpage par l'abstraction.
Tout comme l’esprit objectal a su découper sa subjectivité pour mieux s’en défaire, il me faudra faire abstraction jusqu'à l'abstraction de l’abstraction pour tout faire renaître dans l'intrication devenue une fonction matricielle.
Déconstruire l’abstraction jusqu’au paradoxe et reconstruire une mondiation par une intrication ontologique, c'est là mon ambition poétique. C’est là user d’un langage abstrait, dans une construction confuse, par un style absent, où chaque idée serait intriquée aux autres par la force de sa présence, sans paramètre de temps ni d’espace et dans un soucis littéraire nul. Je me permets donc d’initier ce chapitre avec un style littéraire certes des plus indigestes, mais aussi des plus justes, et des plus adaptés à notre sujet : l’abstraction de la forme pour une recherche cosmogonique du vivant.
L'intrication et l'abstraction sont deux fonctions, deux mouvements qui, dans leur intrication et leur abstraction, donnent une forme au cosmos. C'est grâce à ces deux mouvements que nous pouvons établir des ensembles et des limites, des corps et des membranes, des temps et des durées.
Dès que nous donnons un ordre particulier dans cette mécanique, nous créons des mondiations, des façons singulières de concevoir le monde.
Intrication et abstraction sont deux fonctions fondamentales.
L’intrication seule ne peut pas se penser, parce qu'elle est absolue. L'intrication seule est une saturation, un bruit asphyxiant. Elle demanderait à initier un voyage omniscient où l’esprit serait aussi l’espace-temps, où tout serait signature de tout, origine de tout où tout est par tout, vers tout et en tout.
On le devine alors, l’intrication seule finirait que par être une forme d’abstraction par le plein, ce qui, pour l’instant, est intenable.
L’intrication ne peut se comprendre que par la force des abstractions emmenées jusque-là où l’esprit serait seul au milieu du néant, puis s’annihilerait de lui-même.
Si l’intrication était seule fonction proposée à l’esprit, celui-ci,
Fusionnant avec le cosmos,
Exploserait.
L'abstraction est plus aisée. Nous pouvons commencer par abstraire une chose, une chose simple comme une fenêtre, puis un meuble et aussi quelques souvenirs et
Dans un exercice puissant de méditation,
Creuser dans la mémoire de notre matière.
Faire abstraction, ce n’est pas creuser, c’est séparer et faire l’effort d’oublier.
Est-ce que j'ai fait là l'abstraction de ma fenêtre,
Ou abstraction avec ma fenêtre ?
La question naïve au premier abord est de toute importance. Il ma bien fallu une fenêtre pour en faire l'abstraction. Et emmené dans l'abstraction avec ma fenêtre tout le monde extérieur s'est retrouvé disparu.
Faire abstraction avec, c’est extraire un corps d’un ensemble où l’ensemble n’est pas oublié ; c’est là tout à fait l’inverse de l’intrication. L'intrication, dans cette dynamique, fait perdre toute forme intelligible aux présences. Elle est un mouvement matriciel. L’intrication opère comme un ether gluant et confondant. Il est le cristal des espaces-temps. Sans l’intrication, le cosmos ne serait que chaos de vacuités.
Pour donner un mouvement cohérent à ma pensée, il me faut user de l’abstraction seulement. Je veux ici confondre ma pensée dans son propre paradoxe, pour cela je dois d'abord me plier à l’abstraction seule, unique fonction accessible à la pensée, l’intrication se manifestant à l’esprit que par l’expérience du corps.
L’abstraction est le mouvement originel de la pensée. L’abstraction est notre référentiel épistémologique humain. C’est grâce à l’abstraction que nous pouvons donner des formes au monde. La délimitation en objets, les images, avec lesquelles nous rendons le monde intelligible ne sont que des abstractions de contexte et d'influences. Sans l’abstraction tout serait brûlé, confondu à nos sens, à nos esprits, et seul l’apprentissage de réflexes reptiliens pourrait nous assurer une survie, quand bien même il serait tenable d’évoluer au cœur du soleil. Nous serions confondus au cosmos et sidérés. L’abstraction est ce qui nous permet d’échapper au cosmos, et de nous donner au sens de nos vies d'êtres mortels.