Jouer à penser et penser à jouer
En moi bourdonne le monde et le cosmos.
En moi le magma des musiques spongieuses.
Je suis le clairon aux diapasons et mon chant
Fait fleurir
Les joies et les peines.
Lorsqu'une musique surgit dans mon corps, je peux la parler :
Cette musique vient en une image à mon esprit. À cette image correspond un mot que je lui associe. Alors je pense le mot et le met en scène dans ma pensée. Je l’apprête, lui trouve quelques mouvements et contextes justes. J'ai fait naitre une phrase.
Je parle la phrase, image d'un mouvement d'intériorité rendu à ma dimension sociale, à mon humanité. Cette phrase est prête à voyager dans la pensée d'un semblable, qui saura l'interpréter, la faire correspondre à son imaginaire, puis danser le spectre empathique que je lui vouais.
Ainsi le comédien qui a sa partition doit procéder à l'exacte inverse de cette production évidente de la parole :
Le comédien découvre son texte jonché de phrases, des images d'écritures.
Il lit et il ne lit qu'une pensée aboutit, froide et sans racine.
Alors le comédien devient acteur et il cherche en lui les musiques justes.
Il enlève le souci littéraire du dramaturge, il trouve le mot pilier, le mot
Que l'auteur a serti de compléments et de figures de style.
Tout y est épluché, équarri jusqu'à l'os, désossé jusqu'à la moelle, filtrée jusqu'au sel cristallin d'une note de musique et
Lorsque le mot a trouvé sa couleur, l'acteur intuite la musicalité du texte et alors
Il peut devenir la justesse dans le désir inconscient du dramaturge.
Ainsi jouer une pièce littéraire est penser à l'inverse, et avec application. On comprend alors que le souci littéraire est une entrave au travail du comédien, qui doit jongler entre la justesse et les règles d'un langage rendu hardi par une élite.
Parce que n'oublions pas
Que la littérature
Est souvent
Un privilège
Que le comédien déconstruit.