Préparation de l'acteur en coulisse
Que l'acteur doive interpréter un personnage, un texte, ou qu'il soit à la porte d'un moment d'improvisation totale, il doit aborder son projet comme un moment de pure improvisation.
L'être est mouvant et tout personnage n'en déroge pas. Le personnage ou le clown qui entre en scène investit un moment concret qui a sa part d'imprévu. Si le projet est un objet littéraire ou scénique, il n'en demeurera pas moins vivant.
Ainsi les coulisses sont cet espace où l'on cherche cette disponibilité.
Les techniques les plus pragmatiques n'existent que pour rendre disponibles les phénomènes empathiques. Le visage doit être lisible, la parole doit être intelligible et l'espace de représentation doit être investi en connaissance et par les sens.
Ainsi l'acteur travaille ses gammes. Il s'écoute articuler, se regarde bouger, cherche le plaisir dans le moindre geste et se corrige à sa guise, trouve l'idéal qui lui correspond dans la raison d'une subjectivité exigeante, rarement rassasiée.
Le plaisir est le signe qu'une chose est habitée, et qu'elle propose une empathie. Le plaisir est donc un mot d'ordre dans le travail. Il est une manifestation de la joie.
L'acteur peut également travailler sur d'autres gammes, comme la colère ou la tristesse, le dégoût, la surprise et la peur, mais il risque de travailler un tempérament qui se retrouvera dans toutes ses variations. Toutes les émotions jouées sont idéalement jouées comme des spectres de la joie.
La joie empêchée, la joie contrariée, la joie libérée...
S'il prend plaisir à se mettre en colère, c'est qu'il est au bon endroit del jòi. C'est ce qui donnera du sens à sa colère et c'est aussi ainsi qu'il ne souffrira pas son personnage.
En coulisse, lo jòi, c'est l'enthousiasme.
Un acteur qui part sans l'enthousiasme de vivre un moment de communion avec son public et sans l'enthousiasme de rentrer en contact avec l'imprévu, est un acteur aux promesses d'un jeu mécanique, sans couleur et sans créativité, sans originalité, sans singularité.
Il faut chercher dans le ventre, cette joie irradiante qui portera le corps sur scène, presque malgré lui.
Il faut sentir et diffuser lo jòi jusque dans l'espace environnant et habité.
L'acteur est une source de regards.
Cette source,
C'est lo jòi.
Cet enthousiasme s'apprend, il se travaille dans sa disponibilité et sa force. C'est une méditation investie et répétée, un travail qui peut être un travail du quotidien, et qui trouve du sens dans tout évènement.