Métaphysique du masque
En soi, tout est intériorité.
Nature du masque
Dans le poème cosmogonique du vivant, j'ai mis en mouvement des dimensions reliées entre elles par des champs mis en tenseur. C’est alors que toute interaction vient trouver, par la force d'un champ, d'un mouvement, une expression dans une dimension nouvellement créée. Chaque présence vit donc des transformations synchrones vers une dimension commune.
Ceci au point que je ne peux considérer une présence que lorsqu’elle me révèle à une nouvelle réalité.
C'est aussi ainsi que l'humanité a crée son caractère dramatique et spécialisé dans la tragédie : Son masque.
Le masque est l'objet qui concrétise l'image comme extériorité à l'être, et qui crée son pouvoir dramatique.
Avant le masque, l'être humain était parmi les animaux, confondu dans le tissu originel du vivant. Avant le masque, l'être humain ne connaissait comme théâtre que les scénarios purs et absurdes que lui offrait sa nature.
Naturellement, l'être humain, comme tout être vivant, est confondu, intriqué en son environnement.
L'environnement est sauvage, d'une essence qui soigne les renouveaux par les morts et les naissances.
L'humanité, dans son interaction avec cet environnement auquel il appartenait, souffrait parfois cette autorité.
Il fallait s'en extraire. Il fallait créer une autre dimension ontologique, où il en serait le maître. Il fallait donc interagir avec autre chose que cette nature et ses esprits.
Il a créé l'image. Dans l'image il a trouvé une création dans laquelle il pouvait échapper au théâtre sauvage. Puis il s'est engouffré dans sa propre fiction.
L'être humain s'est avorté de sa nature. Il s'est trouvé une dimension abstraite qui consolidait son humanité tout en s'affranchissant des logiques absurdes de la Terre et des étoiles.
L'image, la représentation,
C'est ce qui lui a permis de transformer sa condition, sa réalité.
Il est devenu l'image.
L'image, en latin imago, est un masque mortuaire.
C'est un objet qui n'est pas un mouvement, et qui représente depuis l'abstrait, quelque chose de concret.
Le mot "cheval" représente un cheval.
Ce monde de représentation est une dimension humaine avec laquelle interagit l'humanité.
Ainsi naît l'anthropocentrisme.
Dans ce monde où la logique représentative remplace le soleil, nous nous attribuons des images pour exister pleinement dans cette nouvelle dimension. Ainsi nous nous reconnaissons plus par notre représentation de nous-mêmes que par les variations qui caractérisent notre espèce. Ces images Œdipiennes, elles sont les égos, sculptés dans la forge culturelle des langues et de leurs mondiations.
Là où le cheval identifie par l'odeur, c'est à dire par une singularité génétique qui dévoile aussi l'état paisible ou agité d'un être,
J'identifie les être par leur image, un paon est un paon plus que ce paon, et lui est un paysan et c'est ce qui le caractérise.
Le cheval identifie par l’intériorité,
L'être humain identifie culturellement par une représentation de son sujet. Et c'est aussi cela qui, à force, le déresponsabilise du concret.
Ce qui est concret pour l'esprit humain est abstrait pour le cheval.
Le cheval vit dans un monde concret, aux abstractions concrète.
L'être humain vit dans un monde en grande partie abstrait, aux abstractions concrète.
Le théoricien vit dans un monde abstrait, aux abstractions abstraites.
L'humanité est une mascarade.
L'humanité est une mascarade que le théâtre ne doit pas servir mais résoudre. Et il la résoudra plus par la pratique, la praxis, que par le spectacle.
La mascarade, c'est l'autre nom de la société.
Ainsi le masque, c'est l'image concise d'une identité abstraite avec laquelle l'être interagit pour exister au monde, un monde anthropocentré par essence.
Ainsi le masque est la question que le théâtre cherche à résoudre.
Il ne la résoudra pas par l'idée, mais par un mouvement affecté de lucidité mouvante.
Le théâtre est une discipline qui relève de l'hygiène sociale.
Les masques sont une machine dont nous sommes les rouages.
Mon masque doit être une question, une expérience, pour finir en accessoire.
Le masque est un objet qui m'est extérieur. C'est une image qui m'est attribuée, totalement attribuée. Je ne maîtrise en rien sa forme, ni sa substance. Le masque appartient à la dimension du langage et de la pensée. Il est l'objet qui permet d'agencer les individus dans une pensée. Le masque porte un nom et un prénom que la société nous donne et qu'elle garde farouchement. Je ne suis ce masque que parce que les gens qui m'entourent l'ont sculpté.
Ici, la confiance en moi n'est nulle part ailleurs que dans la confiance en l'autre.
Je ne peux travailler ma confiance en moi qu'en travaillant la confiance mutuelle de mes paires.
Espérer que je peux articuler mon image est une erreur métaphysique impossible à résoudre.
Si j'essaie de maîtriser mon masque,
Si j'essaie de maîtriser mon masque, je plonge mon identification dans la dimension abstraite des images.
Mon masque est un outil social.
Seul, face à moi-même, perdu dans un bois, avoir un nom ne sers à rien. Il ne définit pas mon état ni mon mouvement.
Le masque est la propriété de ma société. M'en faire l'esclave me propulse dans la logique des regards et la désincarnation.
Avant le masque, il y a le visage
Le masque est l'objet transitionnel de mon identité dans la dimension des représentations.
Mon masque est un objet, il est figé. Contrairement à une odeur, il appartient à l'idée plus qu'à un présent mouvant.
Mon visage est animé, vivant, il trahit de ses expressions mes états intérieurs comme mes émotions. L'expression de mon visage, c'est le langage avant la parole, avant la représentation. L'expression de mon visage est une identité mouvante, changeante, vivante, qui trahit mon intériorité.
Mon visage c'est mon intériorité dans son mouvement. C'est dans son mouvement que mes enfants reconnaissent tel père plutôt qu'un autre. C'est en apprivoisant mon visage que mes enfants se lient d'empathie. C'est par les visages que la communauté solidaire se lie.
La solidarité, c'est l'autre nom de la communauté.
Être dans l'interface
Il faut un visage pour poser un masque.
Je peux être visage seul, quand je suis acteur.
Lorsque je porte un masque sur mon visage, je suis comédien.
Si je ne suis qu'un masque, je perds le mouvement qui me fait vivant, je deviens mécanique et régie dans lois Œdipiennes de l'égo,
Condamné à être sans incarnation, promis au surjeu et représentant du mensonge et de l'usurpation.
Porter un masque c'est donc, non tant devenir ce masque, mais être dans l'épaisseur entre ce masque et mon visage. C'est être dans le champ de mon intériorité et de mon extériorité, de mon intimité et de ma représentation.
Porter un masque c'est ne pas oublier son visage, pour qu'avec le masque ils créent ce champ
Nécessaire à mon humanité
Qui sans cesse
Doit être rappelé à l'ordre
Qu'un masque est un masque et que dessous
Il y a toujours
Un visage à trouver.
- Regarde, touche et trouve -