Au bout de l’intériorité
Si l'affect devient cette force d'équilibre qui fait l'être entre ce qui lui est extérieur et ce qui lui est intérieur, quel est cet espace mouvant, cet espace du dedans ?
Quelle est la nature de cette intériorité ? Quelle est sa matière, sa lumière, sa tension ?
Si l'affect ne me permettait seulement que d'accueillir les informations extérieures, je ne serais que perception mécanique de l'information. Je mobilise un affect vis-à-vis de mon corps, au-deçà de ses perceptions.
Il s'agit d'une autre forme d'attention, d'une autre forme d'écoute, et d'une autre forme d'affect. C'est ici un affect qui écoute les mouvements d'intériorité de l'être, son intériorité organique, invisibles, mais aussi son intériorité empirique, son intériorité rythmique, psychique,
Partout
Où se blottit mon intimité.
Mon intimité est un univers plus concret encore que mon toucher. Sa nature d'intériorité est en capacité de m'épargner toute représentation. L'intimité ne se discute pas, elle m'est ce qui est de plus indiscutable. Mon intimité ne se parle pas, elle m'offre la lucidité.
Par le biais de phénomènes inconscients, mon intimité est en mesure de régir ma vie entière. Elle a concrètement plus de répercussions sur ma vie que ma simple volonté. Faire l’expérience de l'admettre, c'est constater la puissance de cette assertion.
Ma culture occidentale me met en garde sur l'absurdité de mes intuitions intimes.
Alors qu'elles ne sont, en réalité,
Qu'un bain de joies.
Quand ici tout est invisible et mouvement, tout est intuition, conscientisations perpétuellement changeantes et renouvelées, empathies déraisonnables et rêverie assumées
C'est un univers déroutant qui se profile pour ceux qui aiment expliquer par le bon sens, qui s'attachent à des vérités vérifiables, des objectifs valeureux et des problèmes à résoudre.
L'affect de l'intériorité, c'est la source du talan, c'est l'origine de la subjectivité qui permet la responsabilité, le courage, la fierté,
C'est faire corps avec son cor dans la force cosmique du vivant.
Au fond de mon intimité il y a l'évidence que le monde m'a saisi. Il m'a saisi par sa musicalité. Il m'a mis dans un mouvement structurel, dans une utopie cosmique,
Il est un désir qui n'est ni une volonté, ni un besoin. Il est un désir qui est une jouissance à tenir, une jouissance latente de mon être vivant. Il est cette chose qui est si engageante, que sans elle je ne serai qu'une lune animée d'ombres.
Il est une joie qui n'est pas une émotion mais une source, l'eau de mon jardin.
C'est lo jòi.
Je cherche mon intériorité, je cherche
Un engouement à l'inconnu,
Un enthousiasme à la floraison,
Une fraîcheur à la disponibilité,
Une joie polymorphe.
Cette joie matricielle n'est
Ni joie manifeste ni désir ni volonté elle
Est ma source fraîche des jardins,
Parce qu'elle est
Ma source du vivant.
Mon vivant qui rit qui chante qui
Pleure qui se cache qui
Court qui s'abandonne qui
Hurle qui mord qui aime et qui
Jouit.
Cette chose qui accorde mes présences,
Qui les contraint, qui les déforme,
Dans le seul équilibre
Des résolutions.
Ainsi l'autre, l'alter et son mouvement,
Dans l’extériorité,
Déforme ce jòi intime et là,
L'être, le champ de mon être,
Devient
Le mouvement musical
Des résolutions.
Lo jòi est
L'intrication des êtres
Dans l'espace commun du vivant.
Avant qu'il ne soit colère, faim, tristesse ou ennui,
Il était jòi.
Avant qu'il ne soit idée, pensée ou psychologie,
Il était jòi.
Avant qu'il ne soit fleur, enfant ou cri,
Il était jòi.
Avant qu'il ne soit douleur, orgasme ou détresse,
Il était jòi.
Dans la promesse des naissances,
Lo jòi pur lo jòi contraint lo jòi tordu lo
Jòi courbé lo jòi électrique lo jòi arrêté lo jòi impossible lo
Jòi étincelle du feu des fraîcheurs de mon cor et de mes poings.
Lo jòi, la matière première de toutes les émotions.
Trouvé au fond du cor, apporté en esmai,
Transducté en talan et rendu au cosmos.
Lo jòi dans la nécessité absurde
De jouer pour s'amuser
D'une muse
Qui permet la joie,
La disponibilité au plaisir,
Et au bonheur,
Dans le bruit profond du cosmos.