Passer au contenu principal

Le Théâtre du Vivant

Le théâtre du vivant est un mouvement théâtral radical. Je l'ai cherché dans l'étude même du théâtre, dans la pratique de son enseignement, dans les contraintes d'universalité que chaque élève participait à en être le contour. Définir un théâtre radical me permet de définir un théâtre dont l'enjeu artistique est de représenter le vivant, 
Et le vivant seulement, 
Pour qu'il en nourrisse nos utopies. 

Le théâtre du vivant est épuré dans l’exigence du projet, mais exigeant par la qualité du jeu de ses acteurs, qui doivent rester maîtres inconscients des drames. C'est un théâtre où aucune contrainte n'est imposée par la forme,
Où la théâtralité comme mouvement devient source de discipline,
Pour n'être plus que seule fondatrice d'un moment
Dicté par l'élan originel et enthousiaste qui nous fait être,
Dans la sobriété de la pensée. 

Vivre est une dynamique poétique précise et exigeante. Elle est un constat d'un présent, d'un mouvement lucide qui ne se capte que dans l'affect d'une humanité sans autre projet que sa condition suffisante : accuser la joie et la beauté comme motivation ontologique, dans l'éveil d'une nature commune à laquelle nous sommes liés jusqu'à l'intrication.

Le corps garde en lui une expérience cosmique que la pensée ne sait pas rejoindre. Il doit donc être le référentiel de nos utopies. C'est une hygiène pour l'acteur, qu'il soit comédien, poète, peintre, musicien ou danseur, s'il veut participer au monde avec justesse, 
S'il veut être l'essence poétique et subversive qui innove 
À représenter enfin 
La profondeur infinie et incommencée 
Des intériorités amoureuses et salutaires : Une idée sensible de la beauté.

J'ai eu l'occasion plusieurs fois d'organiser des moments de théâtralité par un théâtre du vivant.

J'ai vu des acteurs, libres dans un jardin, qui étaient leur propre public, 
Dans la joie récréative, 
D'expier leurs pensées, d'investir l'invisible par la naïveté 
Du jeu, 
Et des heures durant. 
Le temps chantant, dans cet endroit où les masques fragiles, tombaient au bon vouloir, 
Il n'y avait que des enfants, et ce fut l'utopie de voir 
Autant de maturité 
Sur les visages où l'on pouvait lire 
L'animale fougue des jardins de fougère 
Et les joies polymorphes de vies enfin comblées de justesses. 

Et j'ai vu des théâtres, 
Traversés de personnages bancals qui proféraient des propos absurdes, 
Et qui s'organisaient ainsi, par la danse et l'affect.
Il n'y avait rien d'autre à vivre 
Que la liberté euphorisante 
De croire à l'imprévu, en s'accrochant à son fil ; 
À sentir cette humanité dont la nature profonde et collégiale 
Se trouve dans la joie 
Qu'éprouve l'être sans désir 
Au milieu d'une prairie de fleurs, fouettée par le vent tendre 
De cette joie qui veille,
Toujours.
Chaque final était imbibé de sourires complices et envoûtés 
Dans la surprise générale 
D'avoir touché le réel.

Le théâtre du vivant n'a pas besoin de contexte, 
Juste de quelques regards 
Et de l'audace de quelques poètes.