Trouver Narcisse
Ce visage
M'est étranger.
Ce visage
N'est que le masque
Du mystère.
Je ne suis que mystère.
Leur désire
Est mon reflet.
Le reflet n'est qu'un masque
Qui cache les visages.
Je ne suis pas un masque.
Je suis autre chose.
Je le sais.
Qui es-tu ?
Tu es là, maman.
Oui. Qui es-tu ?
Je ne suis pas comme eux. C'est tout ce que je sais.
L'amour me harcèle.
Leur amour, cet amour qu'il ne faut pas décevoir.
Cet amour ne concerne que les fous.
Mais comment aimer une idée ? La question est aussi absurde que sa réponse.
Je ne suis pas une idée.
Je préfère être seul
Et sauvage.
Ce n'est pas ce que tu es.
Je ne suis pas quoi ?
Tu sais, toi, mieux que moi, qui je suis ?
Je suis insaisissable !
Oui. Tu es mon fils.
Narcisse.
Tu es insaisissable. Comme l'eau.
Regarde, touche et trouve - Mira, tòca e tròba - Theô, aisthánou, poíei.
Sous les reflets,
N'aie pas peur de te trouver.
Ta mort annoncée n'est
Que la fin de tes tristes errances.
Tu ne mourras que pour les hommes et les femmes.
Tu ne mourras que pour ce que tu souffres.
Parce que tu souffres, Narcisse.
Tu n'es pas la fougue insouciante
De ton père.
Tu es l'essence de...
Tais-toi.
Ne nomme pas ! Ne m'enferme pas !
Je vais trouver, seul, et comme j'aime apprécier le monde,
Dans ses rayons vibrants et ses parfums saisonniers.
C'est vrai que je souffre.
Parce que je ne peux nommer ce que je suis,
Je fuis tout ce qui me nomme.
Je fuis tout amour qui m'enferme.
Et ainsi je fuis sans cesse.
Je suis fatigué, maman.
Je pleure.
Touche de tes larmes.
Tes larmes, regarde,
Elles ne sont qu'eau pure.
Derrière le reflet,
Il y a tes larmes,
Il y a lo jòi.
Tu es plus qu'une lumière.
Je crois que je commence à comprendre.
Je suis l'eau. Je suis l'eau !
Je suis le mouvement même !
Je suis la transparente lumière du vivant,
Je suis...
Tu es vivant, et vivant seulement.
Tu es le monde embrassé, le tissu insaisissable des drames,
Fils des eaux calmes et du fleuve qui emporte.
Fils de la douceur et du courant.
Tu es le socle des âmes.
Regarde maman,
Je perds ma forme.
Je suis
La source des phantasias l'ether qui porte lo jòi je suis
Dans cet oiseau dans cet arbre dans chaque souvenir le liant de tous les mouvements les sabots de pégase dans la pupille de Zeus en l’écureuil en
Le pic en la martre en chaque chien de chaque troupeau de chaque prairie des vers coulant dans l'avenir promis des nappes souterraines.
J'accueille le monde et le soude sans effort, je l'électrise je suis
La matière des mouvements invisibles.
Je suis le temps dispersé dans chaque destin et l'amour quand il ne peut rien y être d'autre.
Je te laisse maman.
Une fleur poussera ici. Elle est ma tristesse que je laisse derrière moi.
Appelle-la Narcisse.
Je suis maintenant
Autre chose.