Être humain et être vivant
Le manichéisme aura apporté tristesse et désolation dans les cultures animistes qui nous auront précédé.
Les choses étant caractérisées par leur opposées morales, elles ont acquis des valeurs par leur opposées sémantiques également.
Ainsi, quand une chose est belle, l'est-elle parce qu'elle n'est pas moche ?
Quand une chose est lente, l'est-elle parce qu'elle n'est pas rapide ?
Et lorsqu'une personne est sympathique, c'est bien parce qu'elle n'est pas dérangeante.
Drôle d'appréciation qu'est l'appréciation par la pensée.
Maintenant, si la pensée est indésirable, est-ce parce qu'elle n'est pas désirable ?
Douce absurdité de mon esprit, dit ce que tu as à dire.
Si penser n'est pas jouer, jouer n'est pas penser ?
Heureusement non.
Penser est une friandise quand penser n'est pas une obsession qui remplace le jeu.
Le théâtre, notre théâtre est épris d'humanité. L'humanité est une culture qui parle, qui pense parce qu'elle vit,
Et non l'inverse.
Représenter l'humanité ne peut pas se faire sans représenter sa pensée.
Mais représenter la pensée seule est un art qui fait abstraction des corps !
Représenter la pensée et faire fi des organes est une tendance morbide.
Jouer pour illustrer une littérature est une dystopie par essence !
Le théâtre qui se veut vivant doit penser à posteriori d'un affect en mouvement,
Un affect qui prend de court chaque idée et où chaque présence est jouée,
Chaque imaginaire est accueilli, chaque absurdité est acquise et où chaque émotion est nourrie d'enthousiasme.
Quel poète sert un patrimoine sans jamais être tenté de l'exploser ?
Quel acteur joue Molière ou Shakespeare sans jamais être tenté d'insérer une onomatopée ?
Le jeu est dans l'onomatopée destructrice.
L'onomatopée destructrice dans la respiration vivante est la couveuse de l'acteur.
Et le verbe est à son service.
C'est cela, être humain et vivant.
J'aime penser quand penser est une résolution musicale.
C'est cela être humain et vivant.
J'aime vivre permis les gens qui pensent que je suis plus fiable qu'une vérité aveugle.
C'est cela être humain et vivant.
J'aime penser comme je vis quand
Ma pensée absurde corrobore ma lucidité indéniable, quand
Penser porte mes amours dans la mystique de nos cosmos.
Vivre, ce n'est pas un fait politique.
Être humain c'est être vivant et il est possible
D'être humain seulement,
D'être vivant seulement,
D'être pensée seule ou encore
Ce mouvement où tout converge en cycle vers
La joie d'être pensant parmi les corps,
Être vivant et humain, être
Intime et voué à la verticalité,
Dans les mouvements invisibles des matières palpables,
Dans mon corps,
habillé d'images.
Le corps est seule dramaturgie
Le corps est seule dramaturgie et
La pensée est l'accessoire qui humanise le drame.
Le théâtre est une discipline humaine ainsi
La pensée est indissociable du théâtre.
La pensée est la manifestation spirituelle d'un processus organique.
La pensée est l'accident organique de l'humanité.
La pensée est cet espace abstrait, cet autre espace, qui a permis à l'humanité d'être en dehors d'elle-même.
La pensée est cette sortie de route qui a amené l'esprit organique dans le regard de son humanité,
Elle est l'accident qui a créé l'espace où l'être se regarde.
La pensée est l'accident qui a amené l'être dans le regard de son humanité.
La pensée est l'accident qui a amené le théâtre dans la vie des sociétés humaines.
Mais la pensée n'est pas la source,
Le public n'est pas une source,
Le regard n'est pas une source.
En dehors des maladresses bourgeoises,
Aucun public ne va au théâtre pour regarder le public.
La pensée est l'accident et c'est parce qu'elle est l'accident qu'elle est remarquable.
La pensée est l'oiseau poétique de mon humanité.
L'oiseau bègue, l'oiseau nué, brouillard, rayonnant, perçant, inconnu.
L'oiseau dieu des athées.
Ne m'en déplaise,
Ma pensée est la manifestation spirituelle de mes processus organiques.
Ma pensée est l'humanité de mon corps cosmique.
Ma pensée est l'écran psychique des mouvements invisibles de mes organes symphoniques.
Ma pensée est le processus métabolique transposé dans l'ether de mon humanité.
Il est rendu facile
À la pensée, d'être l'intérêt central des anthropocentrés.
Il est maintenant urgent,
Pour le vivant, de faire des corps autre chose que des passoires.
Mon corps diapason
Brisera le cristal hermétique de mes pensées.
Je suis vivant,
Je suis tellement plus vivant
Qu'une idée.