Être l'universel
Autant le personnage est un masque, une image qui porte en lui les références qui le situe dans la part historique de la narration,
Autant l'acteur doit trouver en lui ce qui lui est commun avec son personnage.
Ce qui est commun avec son personnage, c'est ce que lui, son personnage, tous les personnages et toutes les personnes du public ont en commun.
L'acteur est l'organe qui apporte son vivant au personnage.
L'acteur doit chercher en premier lieu
La part universelle de tout ce qui est vivant.
L'acteur est un être universel en sa qualité d'être vivant.
C'est cela qui apporte l'affect et tous les mouvements émotionnels qui amèneront le personnage dans l'incarnation de l'histoire qui lui est propre. L'acteur n'est ici qu'un passeur.
Cette part universelle de l'être est mise au service du théâtre, c'est à dire une discipline qui concerne l'humanité.
L'être universel qu'est l'acteur doit maintenant chercher l'universalité dans sa qualité d'être humain.
L'être humain universel est un être humain, qui ne peut se défaire de sa nature sociale et des outils qu'il a élaborés pour tenir sa société.
L'être humain universel parle et existe dans les fictions qu'il crée.
L'acteur joue dans les fictions.
S'il joue la fiction, il agence l'histoire comme il agence sa pensée. Justement parce qu'il pense l'histoire. En la pensant il crée une utopie à laquelle il ne pourra pas échapper. Il ne joue plus le vivant. Il joue l'idée. Son destin est causaliste et sa créativité limitée. Ce qu'il représente ne sera autre chose que la gloire de la pensée, aux dépens de toute la magie que porte le vivant, et de tout son pouvoir dramatique que seul l'autorité des émotions peut agencer avec fluidité.
L'acteur ne joue pas la fiction.
L'acteur joue, dans une fiction.
L'acteur ne doit pas chercher le jeu "neutre",
Il doit toucher la part universelle de son être, cette lumière blanche qui contient tous les spectres des couleurs disponibles.
Cet être universel
Est vivant, vivant seulement.