Abstraction et Intrication
Trouver une forme c’est être en mesure de l’extraire de son contexte, c'est un découpage par l'abstraction.
Mon esprit objectal a découpé ma subjectivité et s'en est défait.
Si je veux retrouver ma subjectivité, je dois recouvrer la lucidité qui me laisse la voir.
Je dois faire abstraction de mon pouvoir d'abstraction.
Il me faut faire abstraction, jusqu'à l'abstraction de mon abstraction, pour tout faire renaître dans le seul regard de mon intrication au monde.
Déconstruire l’abstraction jusqu’au paradoxe et reconstruire une mondiation par une intrication ontologique, c'est là mon ambition poétique.
C’est là user d’un langage abstrait, dans une construction confuse, par un style absent, où chaque idée serait intriquée aux autres par la force de sa présence, sans paramètre de temps ni d’espace et dans un souci littéraire nul.
Je me permets d'investir mon poème dans un style littéraire des plus indigestes, mais aussi des plus justes, des plus adaptés à mon sujet :
L’abstraction de la forme pour une recherche cosmogonique du vivant.
L'intrication et l'abstraction sont deux mouvements qui, dans leur combinaison me donnent une forme du cosmos, une forme pensable. C'est grâce à ces deux mouvements que nous pouvons établir des ensembles et des limites, des corps et des membranes, des temps et des durées. Dans l'agencement que je donne à cette mécanique, je crée des mondiations par le mouvement, des façons différentes de concevoir le monde.
Intrication et abstraction sont deux mouvements fondamentaux qui façonnent notre monde.
Je ne peux pas penser l'intrication seule parce qu'elle est absolue. L'intrication seule est une saturation pour ma pensée, un bruit aveuglant et sidérant. Elle me demande d'initier un voyage omniscient où l’esprit serait aussi l’espace-temps, où tout serait signature de tout, origine de tout où tout est par tout, vers tout et en tout.
Je pense à Œdipe,
Déjà aveugle et
Qui se crève les yeux comme
Pour justifier son aveuglement.
L’intrication seule, dans sa forme pensée, finit par être une forme d’abstraction par le plein, ce qui m'est intenable.
L’intrication ne peut se comprendre par ma pensée que dans le mouvement d'abstraction qui la constitue.
Dans ma pensée l'intrication se touche dans les abstractions emmenées jusqu'où l’esprit serait seul au milieu du néant, puis s’annihilerait de lui-même, jusqu'à ce que tout soit confondu.
Si l’intrication était seule fonction proposée à mon esprit, celui-ci,
Fusionnant avec le cosmos,
Exploserait de mon corps.
L'abstraction est plus aisée, ma pensée comme outil y étant spécialisée.
Je peux commencer par abstraire une chose, une chose simple comme une fenêtre, puis un meuble et aussi quelques souvenirs et
Dans un exercice puissant de méditation,
Creuser plus loin, creuser
Dans la mémoire de ma matière.
Je trouve cela : Faire abstraction, ce n’est pas creuser, c’est séparer et faire l’effort d’oublier.
Est-ce que j'ai fait là l'abstraction de ma fenêtre,
Ou abstraction avec ma fenêtre ?
Cette question naïve au premier abord est de toute importance.
Il m'a bien fallu une fenêtre pour en faire l'abstraction. Moi-même emmené dans l'abstraction avec ma fenêtre, tout le monde extérieur s'est retrouvé disparu.
Faire abstraction avec, c’est extraire un corps d’un ensemble où l’ensemble n’est pas oublié ; c’est là tout à fait l’inverse de l’intrication. Intriquer un corps, c'est oublier un corps dans un ensemble qui a explosé.
L'intrication et l'abstraction avec sont deux mouvements d'une même direction, deux sens d'une même direction.
Faire abstraction avec est le mouvement que je cherche, car il est le mouvement d'intrication adapté à ma pensée.
L'intrication, dans cette dynamique, fait perdre toute forme intelligible aux présences. L’intrication opère comme un ether gluant et confondant. Il est le cristal des espaces-temps. Sans l’intrication, le cosmos ne serait que chaos de vacuités où l'absence est isolée dans sa propre absence.
Je me souviens. Pour donner un mouvement cohérent à ma pensée, il me faut user de l’abstraction seulement. Je veux ici confondre ma pensée dans son propre paradoxe, pour cela je dois d'abord me plier à l’abstraction seule, unique fonction accessible à la pensée, l’intrication se manifestant à l’esprit que par l’expérience du corps. Je dois abstraire toute apparition.
L’abstraction est le mouvement originel de la pensée. L’abstraction est mon référentiel épistémologique humain. C’est grâce à l’abstraction que je peux donner des formes au monde. La délimitation en objets, les images, avec lesquelles je rends le monde intelligible ne sont que des abstractions de contexte, d'objets, d'idées, de mouvements.
Sans l’abstraction tout serait brûlé, confondu à mes sens, à mon esprit, si tant est qu'il serait tenable d’évoluer dans la saturation du soleil.
Nous serions confondus au cosmos par la sidération.
L’abstraction est ce qui nous permet d’échapper au cosmos, et de nous donner au sens de nos vies d'êtres mortels.