Scène 6
Leïla entre par l’entrée du public. Elle tient un radis. Elle s’assied sur la chaise et regarde le public en faisant des bruits sauvages. Simon et Samuel la suivent. Ils mangent des radis et regardent le public avec une fierté animale et accompagnés d'autres son, des calmes et d'autres plus puissants. L’Indien entre à son tour.
L’Indien au public : Le ciel est partout autour de nous et pourtant on baigne dedans. C’est étrange le ciel. C’est parce qu’on parle le ciel que le ciel est ainsi. Nous disons ciel et hop ! Le ciel devient autre chose. Nous sommes là, nous construisons des maisons, des usines, des réseaux, des pièces de théâtre. Nous changeons la nature du ciel. Pour l’esprit, le ciel n’est que l’image du ciel. Pour Simon vous êtes l’image du monde. Samuel est l’image de Samuel. Leïla veut être l’image même. Et vous, vous êtes comme le ciel. Vous êtes partout autour de nous et pourtant on baigne dedans. Cela ne veut rien dire ? Tant mieux.
Simon : Tant mieux.
Samuel : Tant mieux.
Leïla : Tant mieux.
L’Indien : Le théâtre ne veut rien dire et pourtant on baigne dedans.
Samuel : L’image n’est plus rien quand tout n’est plus qu’image. Je ne veux plus parler.
Simon : Le théâtre n’est plus rien quand tout n’est plus qu'artifice. Je ne veux plus parler.
Leïla : Je ne suis pas votre playmobile. Je ne parlerai plus.
L’Indien : Donc plus personne ne veut finir cette pièce ? C’est pas parce que vous ne pouvez pas donner de sens à votre présence qu’il faut abandonner ! Je reconnais cette malédiction, je reconnais ! Vous devez finir cette pièce vous m’entendez, où vous resterez là à hanter tous les prochains spectacles ! Vous ne voulez pas ça ! Vous ne voulez pas ça !
Des tambours commencent à résonner dans la salle.
Il reprend sa liste de mots en les répétant un à un. Chaque mot est comme un esprit qui possède les personnages leur donnant une chorégraphie caractéristique dans le rythme des tambours. Le volume sonore augmente au fur et à mesure de la liste.
« Ciel, figuier, vent, émeraude, braise, hibou, regard, cri, cri chaud, piste, ombre, nuit, souffle, enfant, enfants, enfants... »
Une fois la liste finie Simon, Leïla et Samuel s’assoient avec le public. Les tambours retombent.
L’Indien : Le ciel est concret, le vent est concret. Le vent se touche et nous touche. Le hibou sait toucher le vent. Le hibou touche le ciel avec ses plumes. Le hibou porte le ciel dans ses plumes. Le hibou devient le vent et le vent redevient le ciel. L’enfant regarde le hibou. L’enfant touche le hibou avec la transparence du ciel. L’enfant touche le hibou avec ses yeux. L’enfant devient le hibou. Le hibou est l’enfant du ciel. Le hibou est maintenant l’enfant du ciel et l’enfant chasse le soleil. L’enfant chasse le soleil et le soleil brûle le ciel. Le ciel brûle, le ciel s’enflamme, le ciel n’est plus qu’une immense flamme ! Le hibou est une torche dans le ciel enflammé des enfants. Le monde est un ciel d’enfant dans la braise des fusions.
Simon : Le monde s’effondre Leïla, nous sommes l’amour météore !
Le son omniprésent s’arrête brusquement, laissant les quatre comédiens dans l’expectative de la phrase lancée par Simon. Ils ont tous l’air ravi et se dirigent doucement vers la sortie en se félicitant d'un moment agréable et inespéré.
Samuel : On dit pas météorique ?
Simon : Si, mais ça faisait pas joli. C’était pas trop viril ?
Samuel : C’était parfait.
Simon à L’Indien : Tu chercherais pas du travail ? Tu sais, on peut écrire une pièce pour quatre comédiens...
Leïla : Et le salut ?
Ils reviennent,
Salut.