Scène 5
Samuel : Non -Clin d’œil- parce que ma jambe a repoussé quand j’ai appris que ma mère était une salamandre.
Simon : Si -Clin d’œil- Parce que c’était une salamandre génétiquement modifiée dans un laboratoire clandestin financé par une civilisation anti-viriliste.
Samuel : Non -Clin d’œil- c’est ce que je t’ai fait croire grâce à mon puissant service d’espionnage privé.
Simon, plus autoritaire : Si, Parce que sinon tu seras renvoyé, viré et licencié et que tu seras grillé dans le monde privilégié du théâtre contemporain et ta virilité ne servira plus qu’à faire le père noël dans le fabuleux théâtre consumériste des galeries marchandes.
Samuel : Non – Clin d’œil – parce que… Quoi ?
Simon : Tu m’as très bien entendu.
Samuel : Tu n’oserais pas.
Simon : Je le ferai.
Samuel : Tu ne peux pas te passer de moi.
Simon : Chiche.
Samuel : Je suis irremplaçable.
Simon : L’Indien est doux et naïf. Il est… Il est où ?
Samuel : C’est moi qui te vire !
Simon : Où est l’Indien .
Samuel : Ton incompétence est indubitable, tu ne sais même pas où sont tes personnages ! Simon, tu es viré !
Simon : Pas la peine ! Je démissionne !
Samuel : Quoi ?
Simon : Je démissionne. Fini. Il prend la chaise de l’Indien et s’installe dans le public.
Samuel: Attends, c’est pas la peine de le prendre comme ça on va trouver une solution. Tu es quelqu’un de brillant on a tous besoin de toi…
Simon : C’est trop tard.
Samuel : Ok tu sais ce qu’on va faire ? C’est moi qui vais jouer l’Indien d’accord ? Regarde, je m’attache tout seul tu vois ? Tu vas pouvoir faire ton rôle et…
Simon : Ouais ouais ouais… Et qui va venir te sauver hein ? Tu crois quoi c’est un métier d’écrire des histoires. Si personne ne vient te sauver, comment on fait ?
Samuel : Mais j’ai besoin de personne ! Je suis beaucoup trop viril pour avoir besoin de quelqu’un.
Simon : Tu n’es pas viril ! Tu es doux et naïf !
Samuel : Si, parce qu’en tant qu’enfant abandonné j’ai dû m’imposer dans le monde hostile de l’humanité et que… Simon cherche à sortir mais Samuel le tiens par le bras... Bon ok ok ok...j’arrête.
Simon : Non c’est trop tard, j’en ai marre. Ma vie n’a plus aucun sens. J’avais tout misé sur ce spectacle. Là, il faut admettre que c’est foutu. Je vais aller pleurer dans les loges. Ça va me faire du bien. Tu peux épouser Leïla si tu veux je m’en fiche complètement, mais alors complètement.
Samuel : Épouser Leïla ? Mais je ne suis pas metteur en scène ? Je ne peux aimer que moi-même ? Tu délires mon pauvre Simon. Personne ne peut te remplacer tu sais ça.
Simon : Oui je sais.
Samuel : On a besoin de toi nous. Eux aussi ils ont besoin de toi.
Simon : Tu penses ce que tu dis ? Simon ne tire plus sur son bras.
Samuel : Bien sûr mon grand je le pense ! Qui d’autre que toi peux emmener une œuvre au-delà des consciences pour transformer des civilisations ? Hein ? Qui d’autre ? Je crois en toi moi. Je sais que tu peux faire des miracles même dans les moments les plus durs. Je sais que toi seul peut rendre à mon personnage toute sa virilité et inscrire une nouvelle image de moi. Tu es le seul.
Simon : Il faut que j’aille pleurer dans les loges.
Samuel : Oui si tu veux, si ça peut te faire du bien vas-y. Va pleurer dans les loges mon grand. Et tu reviendras plein d’ambition. Avec de belles propositions et tout ira mieux.
Simon sort, pas très en forme.
Samuel : On peut le comprendre c’est vrai. On a tous des petits coups de mou de temps à autre. Les amis ça sert à ça. Toujours prêt à vous remettre les idées en place. Je suis l’ami idéal quand on y pense. Le pauvre Simon est perdu. Il n’arrive plus à voir, se projeter, analyser. Il est débordé par des émotions négatives. Et on peut tout à fait le comprendre ! Moi par exemple je le comprends parfaitement bien. C’est comme s’il était dans ma tête. Et dans ma tête il est là à brailler dans l'esprit dans ma tête : « Samuel ! Samuel ! Il faut que tu sois doux et naïf ! ». Et on peut tout à fait comprendre, qu'à ce moment, il a juste besoin d’un peu d'attention, de « discuter ». Et moi, comme je suis son ami, je vois bien qu’il délire. C’est mon rôle de le prendre dans mes bras et de lui glisser doucement la voie de la raison. Le pauvre, quand on y pense, s’il n’arrive pas à voir toute cette virilité, c’est qu’il a besoin d’aide. Il peut compter sur moi et sur mon amitié pour l’aider. Quand j’y pense, il a de la chance.
L’Indien entre, il récupère sa chaise, et commence à s’attacher.
Samuel : Laisse tomber l’Indien. Tu ne meurs plus.
L’Indien : Comme vous voulez. De toute façon je m’en fiche. Je vais aller pleurer dans les coulisses ça va me faire du bien.
Samuel : Attends ! Je suis ton ami. Si tu as besoin, je suis là.
L’Indien : D’accord, merci.
Samuel : Et voilà, encore une bonne chose de faite. Il est très fier de lui et tente de gagner les faveurs du public seulement les lamentations venues des coulisses gâchent son moment de gloire.
Il est malheureusement seul sur scène, seul à devoir faire le spectacle. Il essaie d’esquiver la situation, sort doucement et rejoint ses camarades. On peut l’entendre essayer de motiver Simon et l’Indien. Il essuie des refus catégoriques et systématiques. Il les menace… sans résultat. Quelques fois on l’aperçoit vérifier si le public est encore là. Il le rassure comme il peut. Puis on l’entend pleurer à son tour. Il n’y a plus d’espoir.