La fragile limite du conscient et l’indésirable égo
Pour recouvrer son visage, il faut élaborer une psychologie du masque.
Nous sommes, sans exception, des êtres sociaux. Mon visage est une représentation dans le regard des autres. Il est ce qui me permet d’être reconnu. Il me permet d’être reconnu dans son apparence, le masque, mais aussi dans son mouvement, mes états. Il invite l’empathie et il m’inclut dans l’arborescence structurelle de mon environnement social. Il est la première chose regardée et scrutée par mes semblables. Il est l’image de tout ce que je suis. Lorsque mon visage devient ma représentation dans le corps social, il devient un masque social et définira mon égo.
Mon égo est cette image qui me définit et qui m’est attribuée par mes semblables. Je n’ai aucun pouvoir sur lui. Il est intimement lié à tout ce qui est représenté dans mon esprit, puisqu’il habite la même dimension que toutes mes représentations. Lorsque je pense, que je cherche une phrase, je n’échappe pas à mon égo. Lorsque je me souviens, ou que je me projette, je n’échappe pas à mon égo. Dès que mon esprit s’active, il sollicite dans sa nature sociale la participation de mon égo. Mon égo, dans mon intimité, c’est l’idée que je me fais de ce que les autres pensent de moi. Mon égo ne m’appartient pas, il est une part du corps social auquel j’appartiens. Il est mon identité, mon statut, ma parole et mon rôle. Il est dans tout ce que je peux conscientiser, dans la définition psychanalytique du conscient.
Il est très clair alors que cet égo échappe tout à fait à ma présence concrète et c’est en cela qu’elle est digne d’intérêt. Il faut la définir pour l’abstraire de l’acteur. Que reste-t-il alors ? Où trouver cette présence organique si elle est inconsciente ? Qu’est-ce qui peut bien échapper à cet égo ? Comment définir cette autre part de moi, plus intime ?