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Les lazzis et les phénomènes de transe

Le public vient pour s'immerger dans une fiction. Porté par les phénomènes empathiques il traverse une histoire et c'est lui qui, par le recul que lui offre sa condition, se fait son histoire indépendamment de la volonté du dramaturge, du démiurge. 
Dans ce procédé l'acteur n'a pas à se soucier de structurer une narration. Si l'envie lui prend, qu'elle vient toucher son affect, il le fait, mais cela n'est pas une nécessité. 

L'acteur a pour fonction d'animer son personnage par le vivant. Et sa construction est essentiellement dans la construction fluide et ouverte d'un personnage. Pour mettre en mouvement la base rythmique de son personnage, il ne peut pas ontologiquement se fier à sa simple volonté, mais il doit se laisser porter par ses mouvements naturels qui emmènent le corps dans un espace mouvant où tout n'est qu'imprévu. 

C'est un phénomène de transe où le corps organique et l'esprit fantastique fusionnent dans une dimension où le jeu n'est plus que jeu, ou le mouvement n'est dicté que par les universalités que l'acteur aura trouvé en lui. Les singularités inévitables qui transpireraient de ses présences ne doivent plus être une préoccupation. Le masque, indépendant de l'acteur, corrige sans difficulté ce que l'acteur n'est pas en mesure de maîtriser. 
La liberté de l'acteur se trouve dans la confiance qu'il place dans l'idée de son universalité. 

L'investissement dans l'imprévu, c'est techniquement la matière du jeu. 

Ainsi le lazzi est cet endroit de liberté où l'acteur tourne autour d'un rythme pour en sentir ses variations, où il se laisse embarqué dans un geste, un son, une idée qui lui plaît par la force d'ancrage de son rythme. Il module, explore, revient comme une réflexion qui doute dans la sinusoïde de ce ce qui est avec ce qui devient. 
Puis le geste est lâché. Le personnage a subit une transformation. Cette transformation est la conséquence d'une harmonisation avec un contexte concret ou abstrait. L'état se transforme et le rythme devient pattern, puis musicalité puis sentiment jusqu'à l'explosion émotionnelle qui donnera la trace d'une situation changée. Cette nouvelle situation, que le personnage en transformation aura créé, c'est l’évènement attendu, la libération de la tension dramatique. Qu'elle soit à l'échelle d'un geste, d'une scène ou d'une pièce entière. C'est le même geste que répète le peintre avant de lâcher le pinceau sur sa toile, puis de recommencer.

C'est ainsi que l'étude du "processus du vivant" comme technique dramatique permet de générer des lazzis trépidants et des scènes qui  orchestrent les corps d'un public vers le sentiment de justesse. Ce sentiment de justesse, il est la première condition vers cet autre sentiment qui manifeste en nous la beauté.

Le jeu de l'acteur, la dramaturgie, le scénario ontologique, tout ce qui rythme les dimensions théâtrales sont des processus calqués sur un mouvement seul, un mouvement universel propre au vivant, qui par la musicalité du monde se laisse affecter pour mieux l'investir.