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La pensée, grande absente du processus du vivant

"Penser, c'est chercher une phrase."
Penser n'est pas raisonner.
Penser n'est pas réfléchir.

Penser est le propre d'un être social. L'acte de penser plonge celui-ci dans une dimension ou le corps social et ses logiques prennent le dessus sur le corps intime.

Dans le "processus du vivant", trouvé ici et qui pourrait donc préciser la nature du vivant, je ne peux que constater la manifeste absence de la pensée. 
La pensée est le processus mental qui apprend et agence les images pour les rendre au langage. La pensée est donc intimement liée au langage et surtout, à sa logique. La pensée est intimement liée aux logiques lexicales, grammaticale de la langue, ainsi que toute la culture associée à la langue en question. Penser, c'est embrasser les logiques d'une culture.
Une langue porte en elle sa culture
Parce qu'elle est sa pensée.

L’expérience organique crée les souvenirs. Les souvenirs sont amenés à l'esprit par la phantasia qui par la contextualisation des sens trie dans la mémoire pour faire émerger les images les plus probablement utiles à l'esprit. Ces images sont des spectres sensitifs, des images visuelles, olfactives, émotionnelles, auditives et plus encore. Dans ces images auditives certaines peuvent être des mots mais à ce stade ils restent des sons associés à des entités concrètes. Lorsqu'un corpus d'images et de mots est ainsi isolé et rendu disponible à la pensée, celle-ci cherche dans sa logique la meilleure façon, voire la façon la plus juste, d'agencer en phrase les éléments du corpus. La pensée se structurant sur des fondements en commun, ces phrases seront tout à fait adaptées à l'entendement d'une personne de même culture.

La pensée n'est donc pas un outil initialement voué à réagir, mais à communiquer. 
Si penser c'est chercher une phrase, écouter une parole n'est pas penser. Ce n'est même pas l'inverse puisque penser est une dynamique active alors qu'écouter une parole est une dynamique passive.
On comprend aisément que la pensée ne participe en rien à la perception, elle ne ferait que transformer la réalité.
Pour penser il faut "éteindre" le corps. La pensée a besoin d'un corpus strict pour être pertinente. Une idée ne peut être formulée que si elle est isolée des autres idées. Une "pensée automatique", à l'image de l'écriture automatique surréaliste, échapperait à tout code du langage et deviendrait de fait inintelligible et inefficace. Pour penser convenablement il faut donc couper la phantasia, éteindre le corps le temps de penser. C'est ainsi que la pensée fuit le processus qui définit ici le vivant et c'est ainsi qu'elle devient de fait un indésirable au travail de l'acteur.

Ce n'est pas qu'elle ne participe en rien à la musicalité du corps, c'est qu'elle l'éteint.

Depuis un autre référentiel, elle permet une coordination des corps par le biais intelligent de l'empathie. Mais cette empathie, ce mouvement collectif qui pourrait paraître être une réaction, ne sera jamais rien d'autre qu'une réaction volontaire, inspirée d'une perception illusionnée, où l'affect aura été dupé par un imaginaire rendu collectif et devenu, par essence, une fiction. 
C'est ainsi que penser devient un piège pour l'acteur qui, en se laissant diriger par des logiques sociales que le langage inclut, sera dans l'incapacité de jouer autre chose que des idées convenues et conventionnelles. Son intimité ne sera jamais sollicitée, épargnant son auditeur, son public, de tout lyrisme pourtant essentiel à cette forme de vérité qu'est la beauté.

Il faut pourtant admettre que la pensée dans notre culture occidentale prend le pas sur la raison et la réflexion. 
L'action volontaire semble gagner une autorité indéniable sur des réactions nourries d'affect et d'évidence. 

Personne ne peut considérer qu'il y eut des négociations culturelles conscientes pour acter le remplacement du vivant par la pensée ? Dans les cours de théâtre, toute forme de cours, il saute aux yeux que la principale correction à apporter massivement est de désapprendre aux élèves à se laisser régir par leur seule pensée. Penser est devenu une action glorieuse, suffisante et identitaire au point qu'elle a su évincer l'autorité de ce qu'éprouver pouvait représenter. 

Avec de l'observation et de l'entraînement, par l'écriture et l'analyse, est tout à fait possible d'observer en soi-même les mécaniques de la pensée. C'est ce que je me propose de tenter ici.