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Vénus

Vénus part au lycée.
Vénus est une adolescente.
Elle a des baskets rouges.


Venus s’allume une clope.

Elle pense aux mecs,
Elle s’en fout un peu des mecs,
Mais elle pense aux mecs,
Elle a que ça à foutre.

Venus, elle sèche les cours,
Elle s’en va au parc.
L’absence ça crée le mystère.
Et elle imagine les filles et les mecs de sa classe.
Elle imagine ce qu’ils vont encore dire d’elle.

Vénus veut penser à autre chose.
Elle arrive au parc,
Y’a personne d’autre que des pigeons pas encore malades.
Elle se dit que ce soir, par contre,
Ce soir il seront tous malades 
Et que demain il y en aura d’autres ;
Des nouveaux pigeons pas encore malades.
Des pigeons tout neufs.

Venus, elle se roule une autre clope.

Y’a personne dans le parc.
Elle aurait bien aimé un mec,
Un mec qui existe pas.
Elle aurait bien aimé qu’il existe.

Alors elle jette ses baskets rouges dans l’herbe du parc.
Venus elle garde ses chaussettes ; les pieds c’est trop bizarre.
Vénus, elle est pas très belle
Mais elle sent bon.
Comme un agrume mais un peu plus velours, et un peu plus silencieux.

Vénus elle regarde le ciel.
Elle part dans l’ascension du temps plombée de nuages militaires.
C’est le gris sombre sous la masse, et leur cadence rangée, qui leurs donne cet air autoritaire,


Un bruit de molleton étouffé ramène Vénus sur le gazon
C’est un gros sac qui vient d’atterrir sur lherbe usée du parc
Un sac de voyage.

C’est un mec putain,
Hé ! Il se gêne pas l’autre, à se mettre à côté là,
Juste là.
- « Salut.
- Salut. »
Putain il est trop beau.
Il a l’air paumé, comme elle,
Il est plus vieux,
Il a 20 ans peut-être.
Son sourire est sincère et ça c’est trop fatal.
Il a besoin de compagnie.
Elle a besoin de compagnie.
Et les pigeons c’est pas terrible pour créer des affinités,
Ça meurt trop vite.

Elle regarde le mec.
Le mec fait mine de regarder ailleurs… putain bordel c’est trop sexy.
Lui il sait bien qu’elle le regarde quand même alors il sourit, 
juste un peu.
Comme ça,
L’air de rien.

Et l’air de rien,
Il roule un pétard.

Y’a un rat qui est sorti de sa poche,
Puis un autre rat.
Et les rats jouent dans l’herbe fraîche.

- « Tu peux checker les rats pendant que je roule ? »

Vénus s’amuse, le mégot et les rats ça va bien ensemble.
Les bestioles dans les pâquerettes ça vous enlève toutes les nausées.
Grave.
Vénus joue avec le rat blanc. 
Il est tout petit et il se cache dans sa chaussure
Une basket rouge, le rouge des lèvres de Vénus.

- « Elle est trop mignonne !
- « C’est un mec il a deux semaines, tu le veux ? »

Vénus prend le rat dans ses mains et le rat prend une position ridicule,
La tête dans les épaules et les 4 pattes croisées,
Comme s’il demandait un gros câlin, mais genre bien soumis quoi.
Trop chou.
Vénus samuse, et Vénus rit.

- « Je te le donne, faut lui donner un nom.
- « Iqbal, j’ai toujours rêvé d’aller en Inde. Iqbal, tu t’appelles Iqbal. »

« Je suis Iqbal et je suis les rats.
Je suis Iqbal regarde-moi.
Je suis Iqbal je veux ton corps.
Je suis Iqbal et je suis la loi.
Je suis Iqbal et je suis dieu.
Je suis Iqbal et le monde est mon corps. »

Maintenant Iqbal a des mains,
Et des baskets rouges.