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La phantasia, lo pantais, et le phénomène de transe

La phantasia philosophique et lo pantais du geste

L'imagination est une fleur,
L'imaginaire est son terreau.
La phantasia est la sève verticale.
Lo pantais es lo camp radian.

Le corps est mouvant.
Le corps vivant est mouvant.
Le vivant est mouvant.
L'image qui apparaît psychiquement est l'indice d'un mouvement.
Il est seulement indice.
Tout ce qui apparaît à notre esprit pensif est le fruit d'un mouvement.
Le mouvement est mouvant et il fuit mon esprit.
Il y a un mouvement dans le mouvement.
La manière n'est pas un hasard et
Rien ici ne peut être réduit à la forme d'un objet.

Le seul mystère demeurera dans l'objet.

L'imaginaire n'est pas un objet, il est un brouillard paréidolique, le sel électrique du mouvement des corps,
L'électricité qui ronge les absences.
L'imagination n'est pas une volonté, elle est la manifestation par apparition d'une réminiscence sélective.
Cette réminiscence sélective est l'accordage symphonique d'une musicalité évènementielle avec une musicalité mémorielle.
La sensation lumineuse de cette transformation, de l'imaginaire vers l'imagination, est un mouvement :
C'est la phantasia.
Cette phantasia est mouvante, insaisissable, c'est une sensation qui précède la pensée. Elle est la pensée organique et inconsciente de l'individu, fruit des musicalités au bord de leur climax.
Cette phantasia est un geste encore invisible.
Elle porte en elle le mystère, la beauté, l'hallucination du concret.

La phantasia n'est pas un rêve.
Le rêve, c'est la mémoire qui s'adapte à elle-même.
La phantasia, c'est la mémoire qui s'accorde au réel.

Dans le dialecte occitan, la phantasia est lo pantais.
Lo pantais n'est pas seulement un organe psychique, il est aussi le rêve du geste, sa musicalité même
Dans une mondiation où l'esprit n'aura jamais été dissocié de sa matière.

Lo pantais, c'est la mémoire qui dirige la volonté et lo pantais, c'est la mémoire qui dirige le geste.
Lo pantais, es la memòria que dirigís la volontat e lo pantais, es la memòria que dirigís lo gèst.
Lo pantais, c'est la phantasia qui a perdu sa culture philosophique, son exclusivité philosophique.

La phantasia est la manière,
La phantasia est la manière dont surgit l'imaginaire psychique. C'est la phantasia qui agence nos idées et nos phrases, nos souvenirs. C'est la phantasia qui se cache derrière le masque du langage.
Le pantais est la manière dont le geste s'articule, et qui influe l'énergie nécessaire.

Il existe des mondes où le rêve, l'imagination et le geste
Sont confondus.
Ce monde n'est pas le nôtre, ce monde n'est plus le nôtre, mais
Il est encore ce monde où le poète, le chaman et l'acteur y sont les habitants.

Là où l'inconscience n'a d'inconscient que le titre,
Ces pantaises sont nos volontés inconscientes les plus profondes, ces pantaises sont
Nos identités inviolables
Et par conséquent,
La phantasia, et le pantais du geste, sont les fondations du personnage.
Le comédien peut maintenant travailler les rythmes et les résonances de ses personnages en cherchant par le jeu son mouvement. C'est à dire en cherchant par le jeu les mouvements de sa phantasia et de son pantais confondu.
Respecter la phantasia et le pantais comme des patterns inébranlables d'un personnage, c'est être dans une technicité impeccable du travail du comédien
Car la justesse n'est nulle part ailleurs que là
Où la phantasia et lo pantais sont un seul et même objet.

Ceci n'est pas un rêve,
C'est le monde mouvant qui m'apparaît dans le référentiel d'un être.
Il n'y a rien de plus concret, de plus juste, insensé, beau et indiscutable,
Que cette danse dans les corps invisibles.

C'est là une danse qui s'accorde justement à son milieu.
C'est une danse où les notes sont les perceptions, de toutes les perceptions conscientes, inconscientes et probables,
Intérieures et extérieures.

C'est une danse qui, lorsqu'elle est bouclée sur elle-même, définit la transe. Cette transe est un voyage dans les profondeurs cosmogoniques et mouvantes d'un être. Ces transes ne sont autres choses qu'une porte vers un monde invisible, absurde et réel pour celui qui saurait les penser au-delà, au-deça de toute littérature, avant toute folie humaine.
Cette danse c'est le pouvoir du poète montré ou de l'acteur regardé.

Mais,
Si la pensée s'affranchit de son corps sensible pour se boucler sur elle-même, alors elle devient cette pensée humaine et fictive, jusqu'à l'anthropocentrisme le plus dévastateur. Quand la parole se pense elle-même, elle devient également le pattern synthétique de toutes les pensées fascistes. C'est une pensée fermée aux affects et au vivant, où toutes les valeurs portées dans le langage sont devenues seules nécessités, seules ambitions et seules utopies. Que cette pensée désincarnée soit possiblement seule utopie, et c'est ce qu'elle cherche, c'est la tentation de fuir ses mémoires. Une pensée qui boucle sur elle-même est une pensée qui est en mesure de prendre les apparences d'un sentiment, et de générer des émotions chaotiques plutôt qu'absurdes.

À propos de la transe

Penser, c'est chercher une phrase.
La phrase est cherchée dans les représentations du langage, depuis les logiques culturelles acquises du vocabulaire, des sémantiques, des grammaires et de tous les autres codes qui nourrissent une langue vivante.
Ainsi, la langue et la pensée sont une extériorité à l'être, elles ne sont pas une intimité mais une capacité à rendre cette intimité à l’extériorité de l'entendement social.
Penser, c'est une activité sociale.
Réfléchir, c'est mettre en reflet son ressenti avec son ressenti avec sa pensée. Réfléchir, c'est mettre son intimité en reflet avec sa nature sociale.
Penser, pour l'être, c'est négocier son intimité pour l'inclure dans le système social dans lequel il baigne.
Penser, pour l'intimité, c'est une concession.
Penser, pour l'être, c'est convertir son intimité pour le partage.
Quand je pense, je ne suis plus autre chose qu'une entité sociale et ma pensée s'adapte aux codes du langage au point où
Je pense depuis ma société humaine.
Penser une mécanique sourcée par un affect d’extériorité.

Si je ne suis qu'être pensif je me désincarne dangereusement, je me politise.
Mais que se passe-t-il si je ne pense plus ?

Être est un mouvement. Dans le mouvement à être existe des phases où l'imaginaire circule et boucle sur lui-même. C'est la transe.
La transe est cet état où la phantasia et lo pantais circulent librement dans l'être, sans être contraints par aucun affect d’extériorité.

La transe est cet endroit de l'être où la phantasia vit un phénomène de concentration. La pensée s'éteint littéralement et toute la vigilance d'un être se focalise sur le mouvement de son inconscient.

La transe est cet endroit où le corps parle de lui, et de son intrication avec le monde.

À propos de la méditation

Si je me focalise avec concentration sur mes sens, ce qu'ils perçoivent, je peux boucler mes sensations, et les porter jusqu'à saturation, jusqu'à l'orgasme ou l'évanouissement.

Si je me focalise sur mon sentiment, mon émotion, je peux les faire boucler jusqu'à l'évidence et vivre une catharsis.

Si ces méditations sont accompagnées d'images, je peux considérer que mon inconscient enfin conscientisé me parle et
Je peux vivre le rêve de ma réalité organique que mon esprit jusqu’alors fuyait.

La méditation n'est rien d'autre qu'une écoute focale sur mes mouvements invisibles et réprimés par ma pensée. Si je donne à mon corps et sa raison l'écoute qu'il réclame,
Celui-ci nous submerge d'informations intimes et ineffables, nécessaires à notre bonheur et à notre santé.

Je ne peux que prendre au sérieux mon corps qui, dans son génie inné, aura toujours plusieurs millions d'années d’expériences de plus que ma trop faible pensée.

Pour l'acteur de théâtre, ou même pour celui qui chercherait à acter sa propre vie, la méditation est un outil de travail et d'hygiène extraordinaire. La méditation permet à l'acteur d'apaiser sa vie psychique, de recouvrer une musicalité calme. Ce calme, apprécié dans les conservatoires sous le terme de la neutralité, est une base recherchée pour toute transformation.

En effet,
Comment devenir quelque chose d'autre si je ne peux moi-même me soustraire à cette chose ?
Comment passer à autre chose si mon état retient les mémoires indésirables, irrésolues et conflictuelles, parfois depuis des décennies ? Comment jouer l'amant doux si je ne peux cacher ma colère mise en pattern et fixée dans mon inconscient ?

La transe, c'est un imaginaire mis en larsen.
La transe c'est la musicalité intime d'un corps
Qu'elle le traverse
Dans la machine spasmodique
Des impensées poétiques.
Maîtriser ce phénomène c'est devenir musicien du vivant.

Il n'y a pas de protocole,
Sinon ma propre exploration.

À propos de l'hypnose

L'hypnose est une technique.
Se concentrer sur le langage ineffable de son corps c'est une induction à la méditation, c'est une technique.
L'hypnose est cette technique de mise en transe où la pensée est effacée parce qu'elle aura été substituée à une autre : C'est la suggestion.

Si je te dis que ce que Je dis c'est ce que Tu penses,
Alors tu ne penses plus.
Ma phrase est toute prête est tu n'as plus à la chercher.
Tout est déjà sous tes yeux et dans ma voix.
Je suis la phrase par laquelle tu fouilles en toi.
Je suis la phrase qui T'apaise parce que quand Je parle, Tu ne penses plus.
Alors je te dis "cheval" et tout est maintenant "cheval".
Je te suggère et cela suffit à éteindre ta pensée.
Je te suggère et maintenant "cheval" est ta liberté.

Et si je te laisse avec ce cheval, qui est Ton cheval.
Ce cheval est ton rêve.

C'est cela, l'hypnose et
C'est aussi cela,
Le spectacle.

Ce sera mon seul cours de mise en scène.
L'hypnose est cet outil simple qui permet l'enchantement à court terme, et qui suscite la passion des publics.

Celui pour qui la dichotomie corps/pensée est admise et vécue, l'auto-hypnose est une exploration fascinante.
Une fois la transe légèrement initiée, la volonté peut suggérer au corps et c'est un jeu aussi prenant qu'étourdissant qui s'offre à son explorateur.

Aussi vrai que le corps est l'instrument de l'acteur et du comédien,
La transe et l'hypnose sont les disciplines qui lui permettent un accordage juste.

À propos des drogues (inductions chimiques)

Les drogues sont des inductions à la transe.
Parce qu'elles éteignent la pensée où qu'elles imposent le corps, elles provoquent des phénomènes de transe.

Là où la méditation révèle les urgences du corps, la drogue devient l'urgence du corps.
Les transes liées aux inductions chimiques ne révèlent rien d'autre que la suggestion que porte en elle cette drogue.

Être acteur c'est s'animer d'une muse qui nous amuse dans cette matrice commune qu'est l'invisible commun.
Cela peut difficilement correspondre à une transe illégitime qui n'a probablement d’intérêt que l'ennui de l'acteur ou autre évènement lié à sa propre psychanalyse.

L'acteur et la transe

De la même façon que l'acteur ne peut compter exclusivement que sur sa pensée pour le jeu, rentrer dans des transes profondes rend le travail impossible et le moment théâtrale deviendrait plus une messe qu'un moment de représentation.

La transe est un état qui rend l'affect de l’extériorité difficile, voire impossible. Si l'acteur n'est plus en mesure d'interagir avec vigilance, il est chaman ou fou. L'acteur étant incapable d'interagir avec justesse ou même d'interagir seulement, la narration se déshumanise et appartient à autre chose qu'à la société humaine à laquelle elle était vouée.

De la même façon qu'un musicien répète ses gammes,
La transe, dans son mouvement présent, n'appelle pas autre chose qu'une absence sociale et n'a donc aucune qualité théâtrale.
Néanmoins elle est un outil fantastique pour l'acteur et le poète, dans leur travail ontologique, et qui chercheraient justesse et précision.