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Gérer les pannes

Quand l'acteur recouvre ses esprits, qu'il constate la dimension représentative de sa présence, qu'il constate qu'il existe dans une dimension qui lui échappe, 
La peur
S'installe et 
Dans l'inopportunité de s'y pencher il 
Boucle cette peur obscure dans la sidération.
La sidération, c'est l'utopie du trac devenu vrai. La fatalité de l'acteur est plus grande que son personnage. 
C'est la panne.
Quand l'imprévu réveille l'égo de l'acteur, qui enfle alors jusqu'à prendre toute la lumière du théâtre, déchargeant le personnage de toute présence, que la fiction s'éteint pour s'ancrer dans le théâtre intérieur d'un individu pris par surprise, 
C'est la panne.

Le masque est tombé, l'acteur perd la face. 
Il n'y a plus sur scène qu'un cœur bouillonnant 
Qui révèle la puissance de la discipline 
Plus que de son moment. 
C'est la panne.

Le théâtre tombe en panne
À cause d'un acteur qui aura succombé à un jeu plus grand que lui. 

Cette panne existe. Elle est la métaphore d'un vertige social d'un être qui voit la mascarade qui lui échappe, la métaphore d'un être trop libre qui n'appartient plus à rien qu'à un réel oublié.
C'est une panne qui ne dépend plus d'un jeu, qui ne dépend plus du théâtre, qui ne dépend plus de rien. C'est une panne libre portée par un acteur perdu.

C'est un bide. 
Et c'est drôle. 

C'est drôle parce qu'à ce moment l'acteur a oublié qu'il n'était pas le public. Il s'est narcissiquement mis au centre de l'évènement par sa peur qu'il ne pouvait pas éviter. 
Mais l'acteur n'est pas le public. Et le public trouve des résolutions narratives à toutes les absurdités. C'est son plaisir et sa force, qui ne connaissent pas de limite. 

Si le jeu performe maladroitement, comme malgré l'acteur, ou sans sa maîtrise, 
Si la scène improvisée plane au-dessus des surréalismes les plus dissonants, 
Si l'acteur, le dramaturge, l'environnement déraille, 
Le public, s'il n'est pas critique littéraire attaché à l'insensible, trouvera une solution en toute autonomie. 

Cette confiance en ce regard joueur du public, c'est ce qui rendra le bide poétique, narratif, dans la beauté de l'imprévisible qui l'aura touché au plus profond de sa reconnaissance.

C'est ainsi qu'il ne reste plus à l'acteur que le choix d'assumer. 
Assumer cette part qui lui échappe et qui le définit par son contour plus que par sa substance, 
C'est ce qui fait la magie d'un comédien, l'essence d'un clown, l'admiration des paires, 
Et qui donne à la dramaturgie 
Son autorité. 

Assumer la panne, c'est être dans la bonne relativisation de son ego, de son image. L'acteur est vivant seulement, et c'est là sa seule responsabilité. Tout ce qui échappe à l'acteur, si ce n'est pas commenté, viendra nourrir sa représentation dans l'obsession du public à donner du sens à l'absurde. L'acteur peut miser dessus, déjà parce que ce qui a initié cet inconfort n'est pas venu par hasard, c'est plus que probable, et cela aura donc un lien avec le mouvement général du jeu. 

Assumer toutes les émotions, même les plus inconfortables, c'est le travail del jòi. 

Cette liberté, c'est aussi celle du poète à se défaire des règles pour trouver la justesse. 

Assumer un bide, pour l'acteur, c'est entrer en contact avec l'obsession inavouée de l'acteur à se confronter à cette chose plus grande que lui, qu'il cherche sans pouvoir la nommer, et qui est l'insignifiance de son propre masque face à celui qu'on lui attribue. 
Dans cette perte totale de contrôle, il ne lui reste plus que la liberté par lo jòi, l'engouement à vivre, 
C'est sentir cette joie sourde, 
Enfin nue.