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Fuir Œdipe

Œdipe, je suis Œdipe parce que c'est ce qu'on prononce quand on m'appelle. 
Je suis Œdipe puisque c'est là ce qu'ils désirent. 

Quand je regarde au fond de moi. 
Je vois du vide. Je suis rempli d'un vide ancien et sans substance. 
Je ne peux voirvoirv
Ce vieux souvenir, cet espace vide, vidé.v
Je ne peux pas être vide. 
Je suis Œdipe car c'est ce qu'ils prononcent quand ils m'appellent. 
Au point où 
Je suis Œdipe quand je me regarde. 
Je suis l'image d'un nom lancé quand on m'appelle. 
Je suis Œdipe, 
Je m'agence dans le monde comme un nom dans un livre. 

Tout ce dont je me souviens c'est que j'avais 5 ans 
Quand j'ai commencé à me souvenir. 
Il y a quelque chose en moi qui ne se voit pas. 
Quelque chose qui me lie à mon absence d'un quelque part. 
Quelque chose de dangereux à voir. 
Je n'ai plus les sens pour voir. 
C'est ce que je suis, condamné à être aussi invisiblevisible qu'une parole. 

Être invisible n'est pas une condition. 
Je sais que j'existe parce qu'on me parle. 
Je suis nommé alors j'existe. 
Je vois mes mains, fortes, je vois mes mains mais 
Je sais aussi qu'on me parle et que 
Je m'appelle Œdipe. 
Je suis Œdipe et je m'y accroche.accroche 
Avec ces mains qui me gardent, avec 
Ces mains qui m'écrivent. 

Je suis Œdipe et on me promet d'être roi. 
On me promet d'être Roi quand j'aurai tué mon père. 
Mon père c'est mon sang, comme ma mère. 
Je suis vide.
Si je ne suis pas mon père, si je ne suis pas ma mère, 
JeQui neserait peuxŒdipe rien être d'autre parce que ?
Je suis vide et je me suis invisible... Sauf peut-être mes mains qui laissent des traces. 

Ces mains pourront-elles un jour, creuser et trouver ce que l'air cache ? 
Ces mains... 
Ces mains elles sont promises au meurtre. 
Je ne peux pas tuer mon père parce que 
Je suis confondu à lui c'est lui qui m'appelle et qui me pense. Sans lui 
Il n'y a plus de loi. 
Sans celui qui m'a nommé, je ne serai plus. 

Ma mère me pense elle m'a donné un corps, 
Ce corps qu'elle a pensé et siqui jeest devaismaintenant souffrirŒdipe.  
Elle serait triste et déçue que j'assassine ma loiloi. !
L'air serait ma substance d'avant et d'après et je m'y retrouverai noyé.

Je n'aime pas regarder l'air immobile. 
Je préfère crier. Souvent je m'enfuis, 
Et je crie.

Je suis Œdipe je ne suis pas un meurtrier je suis un fils.
Je le suis tellement. Je suis tellement un fils qu'être un fils est tout ce que je suis 
Je ne peux pas détruire tout ce que je suis ! 
Ma valeur est d'être ceun fils promis. 
Ma valeur est d'être roi un jour. 
Je pourrai tuer pour être fidèle à la loi.

Œdipe est la loi futur, 
Pour l'honneur de la couronne de mon père.
Celui qui ne comprend pas cela 
Devra périr 
Parce que je suis Œdipe le fils idéal. 

L'oracle voit ce que mes mains ne peuvent saisir. 
L'oracle a vu l'impensable. 
L'oracle m'a nommé responsable 
D'une tragédie indésirable. 
Je suis le fils de ma victime je suis le fils de mon sang. 
Je ne ferai pas couler mon sang de mon père. 

Je dois m'enfuir dans l'air de la nuit, sans crier, 
Je ne peux pas être responsable, 
Pas de cela. 
Une vie entière à me contrôler, une vie de contrôle, 
Rendue sans valeur à cause d'un geste, d'une main trop autonome...

Je dois m'enfuir et rester au monde je dois rester un fils.
Je ne dois pas rester et tenter mes mains irresponsables. 
Je ne dois pas. 
J'ai peur.

Une vie entière à me contrôler, une vie de contrôle,peur 
RendueQue sansl'oracle valeurai àraison. cause
J'ai d'unpeur geste.que l'oracle ai vu. 
Il aura tort. 
Je resterai Œdipe le fils, 
Le fils beau et aimé 
Sur les peintures du château.




Œdipe est né irresponsable. Rendu orphelin par l’orgueil de ses parents, il a confié sa peine à la fatalité. Il est originellement absent et tenu loin. Les oracles dirigent son existence, le font aller ici et là, le font douter de ci et de ça. Œdipe est fils du roi, et c’est avec cela qu’il doit composer, c’est un statut fort qui l’obsède. Les gens le craignent et l’admire, lui parle que pour ce qu’il représente. Il doit savoir. Il est le prochain roi, c’est une destinée forte. Il part trouver ses soi-disant parents. Lors du voyage, il croise une personne mystérieuse qui lui refuse la priorité. L’orgueil les fait se disputer dans une bagarre, afin de ne pas perdre la face, il tue son rival. Il ne savait pas qu’il était son père, il ne l’avait jamais vu auparavant. Et encore une fois il n’est pas tenu responsable, c’est de la légitime défense. Il repart sur la route et est pris dans le piège d’une Sphinge, un monstre femme félin avec des ailes. Œdipe, par la force de la pensée, résout l’énigme du monstre, et débarrasse Thèbes de cette malédiction. Il est nommé le nouveau roi. Le roi est mort dans une bagarre. Le peuple a besoin d’un roi. Le nouveau roi doit épouser la reine. Leurs enfants seront fous.

Œdipe est victime de l’identité qu’on lui confit. Il ne sera jamais en mesure de maîtriser ses faits et gestes. Il passera sa vie à subir les évènements que les autres décident pour lui. C’est le principe du masque et c’est la parfaite métaphore de l’égo qui offre des destins aux rouages mécaniques