Être dramaturge, c'est l'art de contrarier l'amour
Être dramaturge, c'est accepter d'être la part de l’œuvre qui échappe à la dimension du présent mouvant.
Le dramaturge est cette pensée qui est actée depuis le passé et dans l'utopie de la représentation, à l'endroit où elles se confondent.
Le dramaturge est celui qui initie le projet théâtral. Il pense depuis les coulisses à représenter un mouvement entre les masques, là où ellesils sont des images figées. Il est la part pensante qui œuvre politiquement et culturellement dans le projet d'une représentation.
Dans ce constat, l'outil du dramaturge devient la pensée même. Être la pensée même suggère être une entité littéraire. Mais la littérature est l'exercice de la pensée seule, et le théâtre est l'intention de faire du corps la source de la raison, par la beauté. Le théâtre ne peut pas, d'un point de vue radical, se suffire à être de la littérature. Un théâtre de théâtralités n'est pas un exercice littérairelittéraire.
La littérature émerge du langage. Elle est le langage travaillé pour la justesse de la pensée.
Le langage émerge du théâtre. Il est la transcription du mouvement invisible d'un corps vers la part sociale de l'être. Il est un commentaire qui informe sur les subjectivités, non dans leur mouvement mais dans leur interprétation. Le langage amène le contexte de l'imaginaire depuis l'état d'un corps, il commente pour enrichir l'interprétation, pour propulser l'absurde dans l'intelligible. Au théâtre plus que dans le réel, le langage est un commentaire qui n'a comme intérêt que de définir l'univers et le contexte que la dramaturgie habite.
Le dramaturge écrit des drames, et le drame, c'est l'histoire qui s'articule dans les interactions invisibles. Des êtres portés par leurs musicalités réagissent de façon singulière en organisant un ballet, un mouvement amoureux universel, vers une résolution. Cette résolution n'est pas une idée mais le creux d'une vague, promise à de nouveaux ressacs, de nouvelles perturbations. Ce qui anime le drame, ce n'est pas le scénario, c'est l'acteur. La justesse du jeu de l'acteur est ce qui donne du sens au drame. N'importe quel scénario peut être justifié par l'acteur, dans l'absurdité du vivant.
Le dramaturge qui prend le rôle de démiurge est un usurpateur inconscient. Il donne l'illusion d'avoir ordonné des évènements de façon magistrale quand tout le mérite revient à la nature du réel, et sa capacité à résoudre par l'absurde, et véhiculévéhiculée dans l'être commun de l'acteur. Le dramaturge qui maîtrise le monde par le texte, s'entoure d'une structure conservatrice par essence. Il entretient par essence l'inertie contenue dans sa langue, l'inertie contenue dans la logique pensive de sa culture. S'il ne trouve pas une façon de faire du texte un prétexte plus qu'une ambition, il ne touchera pas à la poésie espérée.
Le théâtre vivant n'a pas besoin d'un auteur.
Être dramaturge n'est pas être un auteur. Un théâtre vivant n'a besoin que de prétextes. Les prétextes sont l'image d'un contexte. Le dramaturge offre une lucidité sur le contexte.
Le contexte est la source de l'affect d'extériorité qui conditionne la musicalité de l'acteur.
La lucidité du dramaturge devient, dans le regard du public, l'identification musicale qui lui permettra de s'immerger qualitativement dans l'empathie
Depuis son affect d’extériorité.
Le dramaturge est ce second rôle
Qui affecte le personnage et l'acteur
Par le contexte qui porte en lui,
Un imaginaire, une phantasia,
Un poème plus qu'une poésie,
La fenêtre ouverte sur un monde
À investir par le vivant.
Être un second rôle, c'est aider le sujet empathique à exprimer théâtralement, par la puissance et la justesse, l'état confronté au contexte.
La poésie est dans l'infini que le corps touche, et qui n'a pas encore été trouvée par la pensée. Elle doit se chercher dans le corps mouvant. Au théâtre, elle se trouve dans l'acteur. Le dramaturge, s'il veut exister, doit trouver sa juste place, dans les coulisses, dans le même theatron que l'acteur en préparation. Il initie une musicalité dans le corps parce que c'est cela qui est finalement représenté. La finalité d'une scène, d'une pièce, ne sera jamais rien d'autre que la trace d'un mouvement initié au début du moment théâtrale.théâtral. Le dramaturge ne fait qu'initier le jeu, dans la suggestion du contexte.
Le reste appartient à l'acteur et son public,
Dans la validation de leur communion.
Le dramaturge, dans son écriture, doit fuir la littérature qui empêche la justesse poétique. Il doit se tenir, invisible, près de son personnage et vivre son contexte,
Puis laisser jaillir la parole juste, celle qui porte la voix.
Le commentaire n'est qu'une idée, qui voile le jeu jusqu'à sa disparition.
L'art, la création, doit porter en soi la part de mystère qui nourrit le mouvant. Si l'art définit, fige, régule, contrôle, se suffit à représenter,
Il perd son pouvoir de promettre,
Son utopie.
Il ne crée que de morbides fatalités.
Le démiurge est dans l'avenir probable
Que lo jòi transforme en surprise
Et qui se nourrit d'un hasard
Jamais atteint.
Parce qu'elle réside plus dans l'acteur que dans le scénario,
Et parce que l'acteur est porté par un affect motivé par l'intrication au monde,
Chaque histoire est une histoire d'amour.
L'amour comme mouvement,
C'est l'enjeu suffisant
à toute improvisation.
Le contexte, c'est ce qui contraint l'acteur
Et fait de l'amour
Un jeu à résoudre
Par les musicalités.
Colombine et Arlequin s'aiment, parce qu'ils partagent les mêmes joies.
Arlequin et Pulcinella s'aiment, parce que leurs musicalités résonnent en diapason.
Le Dottore et Brighella s'aiment, parce que leurs masques convexes et concaves s'emboitent.
Hamlet et Claudius s'aiment, parce qu'ils dépendent l'un de l'autre.
Don Juan et Dieule Démiurge s'aiment, parce qu'ils se comprennent mieux que personne.