# Acter l'impensable
Ce sont des présences manifestes à l'affect qui ont été rendue à la forge du somatisme.
Et inversement,
Ce qui est concret pour le corps est abstrait à l'esprit.
N'est inébranlable que
Cette chose que cherche l'esprit
Et qu'il ne trouve pas.
Seul invariable,
Le monde mouvant
Se dérobe à nous.
C'est ainsi qu'il définit
La réalité solide.
Cette réalité est perceptible et
Elle n'est que perceptible. Elle est,
Également,
Impensable.
La pensée est l'outil de l'être humain qui fait exister sa sociabilité. C'est en fondant sa pensée, par la discipline du langage, qu'il rend cohérent son statut, sa participation, et qu'il coordonne sa présence dans sa société.
Toute la blessure est là :
Pour acter sa présence sociale il doit abandonner sa présence narcissique. Et s'il acte sa présence narcissique il déforme la cohérence sociale au risque de créer une rupture avec elle.
Le langage porte en lui la régie sociale. Ce qui est dicible défini le territoire mental de l'être humain. Tout ce qui sort de cette zone est folie ou hérésie. Le poète littéraire, dans une capacité à rendre esthétique sa pensée par quelques rythmes et musicalités artificielles, donne l'illusion de coloniser des espaces nouveaux, des trouvailles qui libèreraient les esprit dans des territoires légitimes. Mais il ne fait que renforcer la puissance du langage et son autorité dans l'enclave de la cécité.
Les corps, absents de l'équation, dépérissent, et avec eux le corps social tout entier.
Ces cultures sans aucun autre mystique que l'éclairage des causalités, portent en elles le poids invisible, en négatif, des impensables et des interdits.
L'impensable est cette limite psychotique, qui n'admet pas qu'une chose existe si aucun mot n'existe pour la parler.
L'interdit est cette peur qui sépare l'individu de son autonomie. Et avec son autonomie, c'est toute sa subjectivité, puis sa responsabilité qui s'évapore et avec
Sa légitimité sociale.
Néanmoins, pour sa survie, l'être de nature sociale doit penser dans les règles des interdits, dictés par les lois et définissant les moeurs.
Ce parc mental, lorsqu'il contraint l'être en deçà de ses pouvoirs, crée un conflit inconscient. Là où la pensée limite les actes, le corps réclame plus. Mais le corpsintile, soumis à l'autorité du corps social, se soumets à sa pensée. Ceci est littéralement une défense. L'être se protège de son corps. Ainsi, le corps, plongé dans le paradoxe, se défend contre lui-même créant des dérèglements immunitaires. C'est par ailleurs, la naissance du somatisme. Apnées, allergies, angoisses, sont l'oeuvre de ce paradoxe porté au seuil du supportable.
L'impensable ne doit pas être abstrait de l'être. Il doit lui être intriqué. Littéralement inaccessible à la pensée, l'impensable doit être admis par le corps par le biais de l'indicible. Constater le monde et acter en son sein sans avoir besoin de le parler, de le commenter, c'est échapper à la psychose et
C'est l'autorité de l'acteur qui aborde le langage comme l'accessoire nécessaire au partage. Être concis et minimaliste est un soucis de justesse, c'est ce qui permet au langage de ne pas faire obstacle au concret et à sa beauté associée,
Et à son autorité politique échappée.
C'est ainsi que l'affect,
Dans son référentiel organique,
Devient le centre ramifié
De la vigilance de l'acteur.
Admettre que l'abstraction est le propre de la pensée et
Que l'intrication est la fonction du corps,
Permet à l'acteur, dans sa formation,
L'ancrage élémentaire au cosmos.
Si une pathologie, un traumatisme, s'avère impossible à surmonter pour l'acteur, alors il devient nécessaire ;
Parce que ce que représente cette singularité
Ne concerne plus l'acteur,
Mais le théâtre même,
Celui-là qui laisse regarder à son humanité
Ce qui entrave son humanité.
Dans ce cas précis où la psychose, la névrose, serait indépassable, elle ne peut être portée au théâtre que dans sa lisibilité. Pour être lisible, une pathologie doit être épurée. Travailler le jeu dans ses techniques élémentaires et avec obstination permet souvent un tel exploit.
Lorsque l'arbre, le champs et le cheval ont quitté le paysage de l'être et ont déserté son imaginaire, le langage s'appauvrit et l'impensable s'étend vers l'anthropomorphisme.
Celui-là même qui empêchera toute humilité face à l'immensité du cosmos.
Parce que
Tout ce qui se parle,
Tout ce qui ne s'est jamais parlé,
Ne sera toujours
Qu'un simple et
Ridicule
Commentaire
Face aux forces convergentes du cosmos
Qui sculptent la joie du vivant.