Préparation de l'acteur en coulisse
Que je doive interpréter un personnage, un texte, ou que je sois à la porte d'un moment d'improvisation, je dois aborder son projet comme un moment de pure improvisation.
L'être est mouvant et tout personnage n'en déroge pas. Le personnage ou le clown qui entre en scène investit un moment concret qui a sa part souhaitée d'imprévus. Si mon projet est un objet littéraire ou scénique, il n'en demeurera pas moins une représentation par le vivant.
Ainsi les coulisses sont cet espace où je cherche cette disponibilité.
Les techniques les plus pragmatiques n'existent que pour rendre disponibles les phénomènes empathiques. Mon visage doit être lisible, ma parole doit être intelligible et l'espace de représentation doit être investi en connaissance et par mes sens.
Ainsi je travaille mes gammes. Je m'écoute articuler, je me regarde bouger, je cherche mon cor dans le moindre geste et me corrige à sa guise, je trouve l'idéal qui me correspond dans la mezura de ma subjectivité exigeante, toujours enthousiaste et rarement rassasiée.
En coulisse, lo jòi, c'est mon enthousiasme à acter les cors intriqués, les theatrons fusionnés.
Mon plaisir est le signe que je suis habitée,habité, et que je propose une matière à l'empathie. Mon plaisir est donc un mot d'ordre dans mon travail. Il est une manifestation del jòi, et la source intentionnelle de mon amusement.
Je peux travailler sur la colère ou la tristesse, le dégoût, la surprise et la peur, mais je risque ainsi de travailler un tempérament qui se retrouvera dans toutes les variations. Toutes mes émotions jouées sont idéalement jouées comme des spectres de ma joie.
La joie empêchée, la joie contrariée, la joie libérée...
C'est ce qui me permet de vivre mes transformations incarnées plutôt que de les chorégraphier.
Si je prends plaisir à me mettre en colère, c'est que je suis au bon endroit de mon cor et dans le mouvement del jòi.
C'est ce qui donne du sens à ma colère et c'est aussi ainsi que je ne subis pas mon personnage.
Si j'entre sur scène sans cet enthousiasme à vivre un moment de communion avec mon public, sans l'enthousiasme de rentrer en contact avec l'imprévu, je suis alors promis au jeu mécanique, sans couleur et sans créativité, sans originalité, sans singularité. Je suis un acteur mécanique de la pensée.
Je dois chercher dans mon ventre
Cette joie irradiante qui portera mon cor sur scène, presque malgré moi.
Je dois sentir et diffuser lo jòi jusqu'à l'habiter dans l'espace environnant.
L'acteur est une source de regards.
Cette source, cette aura,
C'est lo jòi
Que j'acte naïvement.
Cet enthousiasme s'apprend, il se travaille dans sa disponibilité et son intensité. C'est une méditation investie et répétée, un travail qui peut être un travail du quotidien,
Et qui sait trouver du sens dans tous les évènements de mon vivant.