Les lazzis et les phénomènes de transe
Le public vient au théâtre pour s'immerger dans une fiction.
Porté par les phénomènes empathiques, ille spectateur traverse une histoire qu'il se fait indépendamment de la volonté du dramaturge, du démiurge.dramaturge. Il se fait sa propre interprétation.interprétation de ce qu'il regarde. La seule véritable expérience qui est justement partagée entre le public et l'acteur est l'évènement invisible qui a traversé l'acteur et que tout le public a vécuvécu, dans un présent réel et sans interprétation, par empathie. L'acteurJe n'aai pas à seme soucier de structurer une narration. Si l'envie luim'en prend, qu'elle vient toucher sonmon affect, ilje le fait,fais, mais cela n'est pas une nécessité.
Ce qui est nécessaire, c'est qu'ilque soitje sois investi dans cettemon expérience rendue commune, sonmon expérience ressentie, l’expérience universelle de sonmon vivant.cor intriqué.
L'acteur a pour fonction d'animer son personnage par leson vivant. C'est un vivant investiinvesti, en tout abandonabandon, qu'ilque je musicalise dans la construction fluide et ouverte d'un personnage.personnage, par les processus qui caractérisent le vivant.
Pour mettre en mouvement la base rythmique de sonmon personnage, ilje ne peutpeux paspas, ontologiquementontologiquement, seme fier à sama simpleseule volonté, mais ilje doitdois seme laisser porter par sesmes mouvements naturels qui emmènent lemon corps dans un l'espace mouvant où tout n'est qu'imprévu.imprévus.
Le jeu est un ancrage dans le corps,cor, quand le corps est abandonné à ses raisons absurdes.
Une fois l'esprit descendu dans lemon corpscor et identifié aulégitimement à mon ventre et à ses radiations, une fusion étrange se produit : c'est la transe.
Il s'agit d'une transe légère, une danse, un jeu.
La transe est un affect d'intériorité.intériorité L'acteurdont sel'intensité voile l'affect d’extériorité, pensée comprise. Je me laisse affecter par sesmes mouvements, sesmes musicalités intérieures et ilje s'm'y abandonne sans le contrôle de la pensée et de sa volonté. C'est ici qu'ilque trouveraje trouve l'origine du geste imprévu, inconscient, qui définit l'absurde et le réel, et qui permet la trouvaille poétique.
IlAu théâtre, il ne s'agit pas de perdre conscience. L'absurde n'est pas le fruit d'un délire. L'absurde est cette part de concret qui échappe à notre pensée.pensée parce qu'il concerne un mouvement alors qu'un objet est attendu.
L'acteur est plein d'affect, il est lucide, mais l'acteur joue un autre présent, un autre présent que celui qui est convenu.convenu, un présent mouvant. L'absurdité ici n'est pas une quête, mais une mezura.
La transe est un phénomène où lemon corps organique et l'mon esprit fantastiquefantasque fusionnent dans une dimension où le jeu n'est plus que jeu, ouoù le mouvement du corps n'est dicté que par les universalités quedu l'acteur aura trouvé en lui.cor. Les singularités inévitables qui transpireraienttranspirent de sesmes présences ne doiventsont plus être une préoccupation, elles participeront malgré luimoi à l'illusion,illusion du vivant, dans son grain, dans sa texture, rendus plus riche. Le masque, indépendant de l'acteur, corrige sans difficulté dans le regard du public ce que l'acteur n'est pas en mesure de maîtriser.
La liberté de l'acteur se trouve dans la confiance qu'il place dans l'idée de son universalité. Elle se trouve aussi dans ce que joueproduit le masque en toute indépendance.indépendance, et qui me décharge dans mes moments d'égarement.
L'investissement dans l'imprévu, c'est techniquement laune matièredéfinition du jeu, c'est la motivation de l'acteur.
Ainsi le lazzi est cet endroit de liberté où l'acteurje tourne autour d'un rythmeévènement mis en boucle pour en sentir ses variations, cet endroit où ilje seme laisse embarquer dans un geste, un son, une idée qui luime plaîtplaît,
Et par la force d'ancrage de sondu rythme. IlI
Je deviens le rythme.
Je module, explore, revient comme une réflexion qui doute dans la sinusoïde de ce qui est avec ce qui devient.advient.
Le lazzi est le mouvement de l'acteur qui cherche, plus qu'à respecter son masque,cherche à trouver les limites du masque pour lesle dépasser.dépasser, augmenter sa mezura.
C'est en débordant le masque de sonmon personnage, par la transe du lazzi, que l'acteurje lui donne une dimension vivante.
Au-delà d'un réalisme où l'être ne cesse de se transformer, de mûrir,
C'est cet écart précis où la satire prend sa substance. Le personnage sort de la mascarade, pour mieux la révéler. La machine est habitée par un mouvement qui n'appartient plus à l'image. Ce moment est un rire de soulagement bergsonien qui révèle la réelle nature du monde et condamne les rouages d'une humanité systémique, tragique par essence et non par nature.
Puis le geste est lâché. La musicalité varie, se transforme. Le masque est défiguré. L'idée devient mouvante. Je ne suis plus rien d'autre que l'acteur qui se découvre. L'acteur a acté une transformation. Le public mue. Tous dans la même vague, tous dans le même destin.destin, depuis le même cor. Le jeu devient collégial. L'utopie est invitée. Elle est invitée au-delà du théâtre. Elle s'est inscrite dans la mémoire de tous.
Le possible est devenu l'idéele communemouvement commun avec laquelle il sera maintenant possible de penser.
Le mouvement était mécanique,rythmique, burlesque, émotionnel, c'était un lazzi.
Le mouvement était sentimental, littéraire, scénique, philosophique, c'était dramatique.
Dans les deux cas, c'était un poème.
Le personnage dramatique prend acte de sa transformation, de son expérience. Il le met au service d'un avenir nouveau. Il est l'élément mouvant dans un environnement mécanique.
Le personnage burlesque revient à sa base, son masque immuable, son tragique destin qui fait résonner en nous le rire névrotique d'un personnage figé dans un environnement mouvant.
Voici comment le jeu ouvre des portes invisibles qui nous font grandir. C'est le jeu des acteurs, des poètes qui imitent les enfants, dans cette capacité innée à découvrir le monde
En regardant son mouvement,
En se sentant vivre.vivre,
Dans la communion del jòi.