L’action mécanique ou la réaction organique
L'émotion crée une réaction. Cela est vrai pour l'ensemble du vivant.
L'être humain agence ses drames,
Le ver fuit dans la survie,
L'arbre fleurit dans la tension des sèves et par la musicalité du printemps.
Mais l'humain a cette singularité dichotomique qui fait les êtres sociaux. Il est l'Ors, dans sa part animale, intime et réelle, qui traverse et est traversé par lo jòi, dans l'équilibre d'une mezura d'un monde fait d'infinis et d'incommencés. Il est aussi Jean, sa part d'humanité, insufflée de réalités construites dans la parole et la pensée. Mon humanité excelle dans la parole et la pensée. Cette force pensive me coupe. J'appartiens à l'environnement pensif de mon humanité, et à la musicalité d'un monde concret.
Mon environnement me bascule dans l'une ou l'autre identité, et parfois je les sens si distantes, étanches l'une à l'autre, que je me retrouve face à l'étrange devoir du sacrifice.
Impossible de faire valoir l'Ors dans un entretien d'embauche, on ne promeut pas l'absurde pour l'utilité.
Impossible de faire valoir ma personnalité dans une forêt, mon image intéresse moins l'ours que ma viande.
Le théâtre est une discipline de mon humanité.
C'est ainsi que l'être change de dimension, et de réalité. Il entre dans une dimension abstraite régie par ses propres représentations. C'est un monde empli d'images, où l'image peut ne représenter rien d'autre qu'elle-même. Le monde formé par l'idée et dans l'image est purement anthropique et quand il est rendu, par la culture, comme une perception majoritaire, la civilisation devient anthropocentrique. Dans son mouvement, elle crée l'anthropomorphisme tous azimuts.
C'est pour le poète, l'acteur, l'occasion naturelle de son émergence.
Dans un tel monde l'émotion devient l'absurdité indésirable
Qui laisse le champ libre à
La volonté
Ravageuse et froide,
Éteignant de son autorité
Chaotique
La joie originelle.
Il faut des trouvères pour retrouver lo jòi.
Quand la volonté cherche la joie, elle ne trouve que la satisfaction et le contentement.
La satisfaction et le contentement ne sont que l'illusion
D'une frustration
Dans l'excuse
De la résilience.
Il faut des poètes pour retrouver le mouvement avant la résilience.
L'acteur, qui acte son intériorité, pour porter le vivant comme autorité inconditionnelle, ne peut faire de la volonté l'origine de ses actes. Toute présence en serait abolie, ainsi que toute légitimité à être autre chose qu'une intelligence aux utopies à caractères obsolètes.
Il faut des acteurs pour représenter l'utopie des cors.
Agir pour le bien ou le mieux,
Ce n' est pas réagir dans lo jòi.
L'utile n'est pas aussi généreux
Que le chœur maternel del jòi.
Quand l'acte, la trace de l'acteur, est isolé du mouvement de son drame, il ne sert son système qu'en se l'appropriant. Ce n'est pas représenter une interaction,
C'est forcer l'environnement à s'affecter d'une volonté qui transforme le drame en scénario. Ce scénario est un modèle politique.
Quand l'acte est mezurat dans le mouvement de son drame, il intègre l'acteur dans son système dramatique. C'est un système qui fonctionne parce que les cors en sont l'articulation, reliés dans l'interaction des invisibles.
Seule la trace laissée par une intériorité
Peut porter en elle les musicalités indispensables
À la beauté
Dans sa justesse.
Seule l'acte laissée par une intériorité
Peut porter en elle
La signature du cosmos.