La parole
Extérioriser l’invisible,
C'est l'ambition du cri.
La voix est l'indicateur de mon intériorité.
Je râle, j'exulte, j’esclaffe et je crie.
Dans un contexte théâtral où tout est mis en place pour produire et accueillir des empathies,
Ma voix s'impose et sur scène
Elle ne demande qu'à exister, à envahir.
Ma voix est le support de mon cor dans sa manifestation physique.
Elle est un indicateur essentiel pour que le public puisse se situer dans le personnage et
Elle est un indicateur essentiel pour que l'acteur puisse se situer dans son personnage.
La voix trahie avec précision
Mes états d'intériorité.
Au point qu'elle en devient au théâtre
Aussi importante que le jour.
Ma voix est habitée.
Elle est mon corps transparent mais
Elle est aussi habitée
Par ma nature humaine, sa langue.
C'est là que tout devient
Tordu à entendre.
L'esprit attend l'image. Il cherche l'image partout et
Il fait de l'image l'origine du monde.
Comme si ma voix ne pouvait être que l'origine d'une image, l'image de mes dires.
C'est l'erreur.
Ma voix est la trace de mon intériorité et mes dires sont l'image de ma voix. Cela est juste.
Quand ma voix est l'image de mes dires tout est alors inversé et ma voie se libère vers la littérature.
La littérature devient la matrice de mon humanité et ma terre n'est plus que l'histoire immuable au destin écrit.
Le comédien ne doit pas trouver l'état qui correspond au texte
Mais l'état qui a fait du texte une trace imparfaite.
Si dans la parole l'idée et l'état fusionnent, c'est parce qu'il y en a un qui a rendu l'autre.
Et c'est parce que les deux se retrouvent dans la matière acoustique et qu'ils s'y confondent
Qu'ils sont amalgamés dans les projets littéraires.
Il y a deux spectres dans la parole.
La voix soufflée à travers les cordes vocales, dans l’intervalle des voyelles et des onomatopées, occupe les sons les plus graves. Elle porte les états invisibles.
Les percussions tapées sur les lèvres, le palais, les dents, les joues, portent l'articulation dans le rythme des consonnes. Elles structurent l'architecture du mot.
C'est leur contraste qui rend la parole intelligible.
Ma voix parfois s'essouffle et s'éteint, reste ancrée dans la peur d'être montrée,
Alors je dois libérer mon diaphragme et laisser jaillir un chant comme un organe, comme mon cor explosé dans le monde.
Le son aigu porte moins loin. L'acteur doit muscler ses consonnes dans une bouche sculptée.
Que la parole soit ainsi scindée n'est pas un hasard. C'est que la parole est la rencontre d'un état avec une pensée et au nom d'une subjectivité. C'est ce qu'elle est structurellement, l'image de ma condition conflictuelle d'être pensant.
La parole est une tension, un champ, une dimension nouvelle, non parce qu'elle est littérature, mais parce qu'elle fusionne l'organe et la pensée vers mon humanité,
C'est ma parole, ses formes et ses mouvements, qui rend les idées au monde, et qui fédère les cors dans la précision de leur talans.
Le mot est le fruit,
D'un organe qui est le drame.
Lo jòi est la racine
D'un drame qui est lo cor.
Sur scène, chaque mot devrait être précédé d'un cri.