L’abstraction seule est un anthropocentrisme insoluble
Je me retrouve face à mon projet, face au cosmos, avec ma pelle.
Je regarde le cosmos, nos corps se parlent. Ils sont le double vecteur, la direction à prendre pour toucher ce que lui et moi nous fait nous rejoindre. Le corps du cosmos est le vecteur qui me tient à lui.
Je le regarde avec ma pelle. Il rit, se moque.
Pour penser le cosmos, avec justesse, je suis contraint de l’aborder par la relation qui me tient à lui :
Penser notre relation, penser les mouvements qui nous animent l'un à l'autre.
Ma pelle est une pelle cosmique avec laquelle je suis en mesure
De théâtraliser le cosmos,
Porté par l'heureuse audace des poètes.
Il s'ouvre à ma pensée.
Je tranche une première plaie.
Je regarde ma pelle. Je réalise la fragilité des objets, des idées, et j'observe le mouvement de mon poème.
Cette pelle n'est pas objet. Elle est abstraction. Elle fusionne avec le cosmos et le morcelle.
Je découvre que je ne suis plus que mouvement traversant les concepts concrets.
La plaie s'évapore et entre dans mon corps innocent.
Plus je creuse le cosmos et plus il entre en mon corps.
Plus j'abstrais par la pensée et plus mon corps sature d'un cosmos qui m’inonde.
J'imagine Icare s'envoler avec ses pelles de cire et de plumes et je ris d'une brûlure absurde.
Ce monde trouvé avec cette pelle, ce monde découvert de ses objets, est un monde invisible et fait de mouvements, un monde traversant, où les choses se touchaient bien avant leur contact.
Il m'est maintenant nécessaire de jouer, de fondre ma pensée dans mon corps savant, et de transfigurer mon imaginaire d'une phantasia, dans son mouvement, dans le mouvement de l’esprit qui lie le corps à la pensée. Je dois devenir ce spectre organique pour percer le cosmos. Si je veux plonger plus loin, je dois creuser encore et dans ce cosmos qui m'habite.
Je dois confier ma pensée à mon corps et sa phantasia, à son héritage, à sa présence d'ici et là-bas. Lui seul saura m'indiquer la direction pour creuser le tunnel de mon poème.
Le corps sensible est mon héritage, il est adapté à l’univers,
Il est son plus fort témoignage.
Mon corps est habité par une mémoire invisible
Qui partage la même histoire que mon cosmos.
Mon corps est le livre cosmique écrit de mouvements.
Mon corps est, par le cosmos, la base et la fin d’un vecteur pour atteindre une pensée vers la justesse du cosmos.
C’est la subjectivité réinitialisée dans la sidération d'un nouveau-né.
La phantasia est le liant subjectif du corps avec son cosmos. Par intrication, ils se réfléchissent l’un dans l’autre sur l’écran de mon esprit qui ne peut enfin que constater les jets d'étoiles qui s'échappent de mes coups de pelles dans mon corps cosmique de poète.
Cette phantasia que je dois faire briller, c'est le bruit cosmique d'un cri originel, c'est l'image mouvante d'une page aux livres infinis.
Poésie absolue comme mouvement, source concrète de connaissance, seule expérience de pensée abstraite qui fuit la vacuité du savoir.
La poésie est l'état méditatif de mon interaction avec le cosmos. Par la poésie, je trouve cette beauté qui fait de mon être une présence du cosmos. La poésie est dans l'état qui valide une vérité par la beauté dans la révélation du corps en inversant la phantasia jusqu’à retrouver le chant originel du cosmos.
Théâtraliser la relation qui peut exister entre l’objectivité mentale et la subjectivité orgasmique, c’est investir ma connaissance par son juste mouvement poétique, c'est
Abandonner le phantasme de la pensée seule et fictive,
Et trouver la phantasia de l'image mouvante de nos livres,
Dans une seule loi d’intrication qui aura créé son inverse,
L'abstraction de ma pensée, ma pelle, qui seule peut disséquer pour donner du sens à mes mains,
Qui tiennent les outils
De mon humanité,
Sur l'écran de mon cosmos.
L’intrication est le phénomène de ma pré-humanité, un pré-espace-temps où rien n'est dissociable du tout, où l’identification d’une chose serait rendue impossible par l’absence de formes induites par la dimension originelle et pré-espace-temps d'un monde où le paradoxe est la seule direction.
L'inconscient n'a d'inconscient que le nom.
Il est ma part du cosmos.
Il apparaît inconscient quand ma pensée dévore ma phantasia et
Il apparaît conscience quand le corps valide chaque réminiscence
Dans le regard stupéfait de ma pensée.
Ma pensée m'appartient,
Ma phantasia elle,
Est le chant du cosmos.
Ma trouvaille se fera dans les dialogues à moi-même, dans la relation qu’a mon esprit d'idées avec mon corps confondu au cosmos.
Je fuis la vérité, la vérité préméditée, la vérité éphémère qui disparaîtrait au moment même où elle est apparue. La vérité est une forme condamnée à être annihilée par la nature amorphique du contexte qui l’a vu naître.
Pour échapper à cette imposture je dois m'ancrer dans du sentiment de beauté que m’offre la pensée rendue vierge,
La pensée inouïe de justesse, la pensée du cosmos intérieur projeté par une pelle,
La pensée rendue vierge et cohérente par l’abstraction avec tout ce qui m’entoure,
La pensée qui court dans mon corps orgasmique en criant des hourras comme une divinité enfin réveillée.
Ma subjectivité réduite à son faisceau primordial absurde est la seule fonction fiable pour écouter et entendre le cosmos.
Si, pour l'écrire, je ne peux être qu’esprit, je dois être les abstractions et les abstractions seulement. Si je veux confondre ma pensée dans ma réflexion avec le cosmos, je dois faire abstraction avec mon corps et le mettre en tenseur et pour penser par lui.
Je plonge dans mon corps rendu hypersensible.
Je fais les abstractions en cascade dans le tenseur du cosmos dont je suis le témoin vivant. Je trouverai, à la source de cette phantasia, la pensée seule et nue, la pensée muette et savante, la poésie que je pourrai chérir pour initier mon vivant aux joies des découvertes primordiales, au-deçà des sciences et des savoirs.
Je suis prêt,
À creuser.