Le processus du vivant comme référentiel "narcissique"
Une interaction ne peut s'opérer sans, au moins, deux référentiels distincts.
Un référentiel est un sujet qui participe à un système, définissant ce système depuis son point de vue particulier.
Ainsi, une vérité change suivant son référentiel.
C'est, par exemple, dans le respect de son référentiel qu'un système est scientifiquement rendu logique et qu'une expérience est déterminée comme valable. Il est scientifiquement impossible de réaliser une expérience scientifique sans définir au préalable le référentiel d'observation, pour pouvoir interpréter un résultat exploitable en fonction de ce référentiel qui concerne toute l’expérience.
Il faut donc spécifier le référentiel d'un système pour acter sa cohérence.
En ce qui nous concerne, ce référentiel concerne l'acteur. Je dois donc être en mesure de spécifier si le référentiel de mon raisonnement, de mon personnage, se trouve du point de vue de la pensée ou du vécu. Ces deux référentiels étant par essence complémentaires, parce que de sens opposés (objet/mouvement), ils ne sauraient apporter les mêmes réalités, et donc les mêmes actes.
La dramaturgie change en fonction du référentiel.
Hamlet et Claudius, l'être et le pas être, n'aspirent pas à la même narration, ils sont dans des utopies opposées.
Le personnage dramatique est pris dans un conflit substantiel. Une intrigue, pensive, sociale, une idée formelle brasse son être dans sa confrontation avec un mouvement contradictoire qui le pousse à s'émouvoir et à réagir dans l'absurde.
Là où le dramaturge met en scène la parole, le contexte ou l'idée, l'acteur est la part organique, de son personnage. L'acteur doit se focaliser à rendre fluide le mouvement invisible qui traverse son personnage pour lui prêter ses qualités d'être vivant. L'acteur suit donc un référentiel vivant, lié à l'organe du corps.
Il travaille à éprouver son corps avec justesse pour prétendre porter la beauté du spectacle.
L'acteur est cet organe qui rend le personnage dans le mouvant du présent, dans le mouvant du vivant. Il doit investir et être la part intime de son personnage, la part ineffable, celle qui fait du personnage un être humain, un être vivant. L'acteur doit trouver son personnage dans le processus du vivant qui correspond au vécu de ce personnage.
Le "processus du vivant" suggère un référentiel pour l'acteur.
Ce référentiel, c'est le "référentiel narcissique", le référentiel que l'acteur partage avec son personnage par la fusion des corps, la fusion des cors.
Ce référentiel est l'endroit de la subjectivité du jeu, comme un point d'ancrage pour chacune des interactions de l'acteur.
Je pense à Narcisse,
Fils de l'eau, perdu dans l'humanité et
Fuyant son cor pour mieux le retrouver,
Puis y plonger comme
L'eau plonge dans la roche,
Laissant derrière elle
Quelques fleurs blanches,
Lourdes de vie.
Le référentiel narcissique est cet endroit mouvant et organique
Où l'acteur et son personnage sont liés,
Leur cor,
Où se confondent leurs désirs, leurs enjeux.
Ce référentiel est la finalité de l'esmai et à l'origine du talan.
L'esmai est le mouvement invisible du corps qui vient nourrir le cor.
Le cor est le jardin de l'être où tout est apprivoisé, le lieu qui nourrinourrit l'information d'une subjectivité.
Le talan est le retour du mouvement invisible vers l'extériorité, et chargé de subjectivité, de désire.désir.
Cette subjectivité ne peut s'investir sans une responsabilité naïve de l'acteur. L'acteur est en hyper responsabilisation permanente. Cette capacité permet d'investir la force d'affect, l'esmai et la force de réaction, le talan, dans des justesses fluide.fluides. Cette hyper hyper-responsabilisation induit une forte mobilisation du nécessaire référentiel narcissique.
Le cor, c'est cet espace d'intrication par le mouvement, où convergent les musicalités du monde pour être changées en une subjectivité.
Pour le théâtre, je l'appelle "référentiel narcissique" et je l'oppose à la pensée et sa volonté, qui sont des formes de présence objectives.
Narcisse et Œdipe
Ne se sont jamais croisés
Ailleurs que dans le cor de Tirésias,
Et dans l'amour colériquemeurtrier de Verlaine.
La pensée et sa volonté sont des référentiels dramatiques qui ne concernent pas l'être intime, mais son rôle dans l'humanité. La pensée et sa volonté organise l'être pour sa narration dans son humanité, le référentiel narcissique organise l'être par son corps absurde, et pour sa dramaturgie dans le vivant.
Je préciserai plus tard toute l'importance que j'accorde à réinvestir le terme "narcissique" et de le distinguer de la "perversion narcissique". Le narcissisme fait maintenant référence aux qualités vivantessubjectives et intimes d'un sujet, dans sala capacité à respecter un processus organiquejustesse qui le fait être au monde. La perversion narcissique est lelittéralement résultat d'un narcissisme perverti, c'est à dire un narcissisme dont l'usage aurait étéest détourné de sa fonction première. Les formes de perversion sont innombrables, maiset ilpersonne existen'est épargné.
Proposer une formerelecture versdu laquelle tendre pour y échapper. Fuir la perversion narcissique est donc un soucimythe de premierNarcisse, ordreen pourpuisant derrière l'acteur.Jeinterprétation necommune, manqueraidans pasles racines animistes d'une mythologie faite de proposermouvements, unec'est lecturece duqui mythe,me pleine de bon sens et sans manichéisme, afinpermet de réinvestir un concept qui manque cruellement à la pensée contemporaine :
S'identifier à son ressenti.ressenti, et pour se responsabiliser de ses actes,
Par lo jòi et le désir,
En habitant son cor.
Le champ dramatique des référentiels narcissiques
Le référentiel narcissique est celui qui concerne l'acteur. C'est ce qu'il doit chercher à êtrevivre et qu'il doit acter s'il veut être en mesure de vivre des états incarnés.incarnés, des mouvements d'intériorité dans le juste fonctionnement de son corps.
L'acteur doit acter sa présenceprésence, en statuantpar son référentiel narcissiquenarcissique, et le rendre à son contexte, son système, pour l'habiter avec justesse et légitimité, et il doit le faire sans aucune autre préoccupation.légitimité.Dans une L'interaction théâtralethéâtrale, doivent êtrec'est au moins deux référentiels narcissiques,
Deux sujets d'une interaction dans leurs capacités à être, se manifester,
Dans leurs singularités, leurleurs référentielréférentiels et leurs processus propre.propres,
Et avec leurs cors comme extrémités d'eux-mêmes.
Cette interaction crée un champ, c'est le champ dramatique.
Le champ dramatique est le mouvement vertical de la scène qui rend le moment prenant, captivant et pleinchange de justessedimension quand ildeux estcors investi laborieusement parcherchent l'acteur.accord. C'est ce champ dramatique qui, au-delà des idées et des scénarios, fait du spectacle vivant un véritable spectacle. C'est ce champ que le metteur en scène doit chercher et ajuster en permanence.Ce champ, cette matière première de la dramaturgie,Il est le désir cosmique d'équilibreManifesté par l'économie des personnagesDans la tragédie de leur contexte.
Si l'acteur n'a pas accès à son narcissisme, s'il le fuit ou l'évite, alors il compense avec la pensée et son calcul. Et s'il pense la nature de la relation, il prend le rôle du champ dramatique et finit par acter autre chose que lui-même. IlSon jeu devient tyrannique. Son personnage quitte son ancrage organique pour ne plus être qu'que l'idée d'une idée.situation. Il dégage un propos politique plus que poétique. Ce propos, cette idée, appartient àC'est l'acteuridée qui est actée, c'est l'idée qui prend la lumière. Les corps sont maintenant sans cor, et nonpour àla son personnage. L'acteur n'est alors plus qu'un menteur, condamné au surjeu. Il devient un outil plus prochegloire de la propagandepensée. qu'un mouvement vers la nécessité poétique de l'art. C'est ainsi, en forçant le jeu, et sortant de son champ de compétences, qu'il échappera manifestement à la beauté lyrique, à l'apparition d'une vérité au-dessus des lois humaines.
La beauté poétique est plus vieille que son humanité.
Il
Le lyrisme est erronédans deles direnids qued'oiseau. "tout
Son nid, c'est politique".ce Toutqui estobsède peut-être politisable, sûrement même, mais parfois la création n'est seulement que poésie,l'oiseau, et son pouvoir artistique
C'est ainsi décuplé, car ce que la poésie finit par représenter est plus grand que l'humanité qui l'a fait naître. La représentation artistique devrait rester ainsi, un objet mystique, sans la figure religieuse ou politique, dans la grande question mouvante de l'être.L'art définit le commun.Le communje ne peutvois êtrepas unquand idéal.LeJe commun se trouve làOùregarde l'acteuroiseau. trouve son personnage, l'autre,Dans leur désir àÊtre vivant.
Être acteur, c'est donner du sens au mot "Je"
Acter, c'est faire valoir sa capacité à générer des traces dans le visible et dans l'invisible. Acter, c'est manifester son être dans l'exercice de son vivant. Acter, c'est se laisser affecter jusqu'au cor pour générer une réaction adaptée, nourrie de talan, propre à une expérience, une condition, une sensibilité et un tempérament.tempérament particulier.
C'est là faire valoir au monde une légitimité à être.
C'est se responsabiliser du monde, au monde.
Acter ne peut se faire que sur le support du monde.monde, depuis le monde,
Depuis le monde de son cor respirant.
Acter c'est laisser dans l'histoire la trace invisible d'un processus qui transcende le corps et qui le fait être,
Qui trouve l'être etQui leLe fait participer au monde, quiLeRéalise réalise.le monde pour l'accorder la réalité au réel.
Dire "Je" depuis un référentiel narcissique,
C'est trouver la source
De tous les océans.
"Je" est ce référentiel, d'un cor traversé par un monde,
D'un monde aussi réel
Que notre désir à l'aimer.
Voilà ce que "Je" est
Et voilà ce qu'il signifie,
Voilà où le jeu trouve toute sa densité,densité. voilàLa première pierre d'une histoire.
Nous sommes tous "Je".
Voilà où s'est logé le commun.
Je suis vivant.vivant quand mon cor s’inonde et qu'autour de moi, CeJe fais fleurir les jardins.
Le processus du vivant est la fonctionboucle d'une
Qui transformationpolarise permanente,le moteurcor et le monde
Dans le rythme infini et incommencé
Des métamorphoses du vivant.cosmos. Je suis mouvant.
De l'autre côté du monde.
Autour de moi le monde que je perçois.
De l'autre côté,
En moi
L'horizon de ma naissance.
Le haut soleil des jardins de narcisses
Pleut
Au fond dedes l'êtreêtres.
Au fond des êtres,
La paix est ladouce. blessureQue ni l'esprit ni le corps ne peuvent toucher.La paix.
La paix sans l'espoir, la paix
De jouirjouir, ici, CommeLà, lesmaintenant, Narcisses,La IciLàpaix maintenant.des silences vibrants.
La paix de jouir
Le désir
D'orgasmeDeÀ l'équilibreAuDu cosmos.cosmos,
La paix quand je m'accorde...
Ausissi cantar l'Ors...
Es polit, me cali un moment...
C'est la promesse dramatique
Du vivant.
C'est l'ambitionle quemême l'ondestin confieconfiéÀEn chaquetoute êtrenaissance. naissant,
C'est la
La question philosophiqueRésolueRésolue. c'estLa mémoireDont l'acteur est le gardien.
La mobilisation de cette promesse dans notre capacité à être,
Elle est
La joie
Nue
Et originelle.
L'affect"Aquel est l'intention croisée,Qui engage l'équilibre vers l'harmonie,D'un désir orgasmique d'un être polymorphe et mouvantAvec un monde contrariant.jòi."