Donner du Sens
Musicalités dans le Mouvant by Léopold Sauve
Ce matin
Tout a recommencé.
J’ai à nouveau été accouché et ce matin
l’univers encore,
dans mon corps, tout mon corps, mon corps entier l'univers entier ce matin encore,
L’univers entier partout dans mon corps.
Je ne suis redevenu humain qu’après quelques instants.
Un humain neuf
Avec un ventre énorme,
Là j’ai senti. J’ai senti une sève monter.
J’ai senti une sève traverser mon tenseur.
Mon esprit a multiplié, multiplié encore, encore et encore il a
Multiplié les dimensions et
Au passage
Tout ce qu’il était possible de multiplier.
Au-delà de l’impensable, mon corps
Surréaliste déployait ses
Racines concrètes. Mon
Esprit lyrique captait dans
L’ineffable, j’étais
Le canal du vivant.
J’étais
Vivant et
Vivant seulement
Et animé par cela.
J’ai senti la sève de la nuit et la radiation du jour.
J’étais l’arbre multiplié hors du temps, j'étais l’animal lumineux du matin.
J’ai senti
Monter la sève dans l’ombre des images humaines,
Dans l’ombre coincée des images objets.
Je devais me dépêcher.
Je devais sortir des images.
Je devais d’être lent,
Absolument absent ! Hors de moi je
Devais absolument être
Là.
C’était intenable.
Mon corps courrait comme une sève, la gorge échaudée comme une veine collée de sève, empêtrée dans le vivant.
Les mots s’échappaient tout azimut dans
Le chant moelleux de la fuite de
Mon corps objet vers
Son spectre de chair
Endormi.
Le chant de ma brèche.
Le champs de mon spectre.
Viande.
Quarante années de contractions matinales stupéfiantes qui explosaient dans un râle, un
Brame souple
Et coloré.
Je traversais mon accouchement, chaque nuit,
Sans rien comprendre au vertige. Sans rien comprendre à ces normes, je fus ce matin
L’animal lumineux au ventre de désirs dont
La viande le ventre sans mot se vidait de ses matins d'ether et retrouvait sa
Terre cosmique sa
Terre du matin natal.
Il me fallait
Du papier. Du papier pour jouer et embrasser.
Pour jouer la justesse du vivant et embrasser mes bras, mes mains,
Mes chaussures et mes assiettes :
Donner du sens
À cette journée.
T'embrasser toi aussi.
Je t'embrasse.
Je t'aime.
Je t'aime dans
Le cosmos.
Dans, par, via, avec et confondu.
Je t'embrasse
Maintenant toi et moi sommes confondus
Parce que la parole nous lie comme deux souliers et
Parce que dans mon souvenir, tu étais là, cette nuit, étoile hors du temps.
Nous riions de la beauté du chaos jusqu’à ce que
L’incarnation ce matin nous sépare dans
Le paradoxe originel des fusions.
Je ne te suis plus qu'un livre.
J’ai écrit ce livre que je suis devenu.
Je t’aime alors je deviens un livre.
Je suis un livre
Je suis un livre
Un livre fait de papiers au
touché doux aux
bords de feuilles qui
accrochent papier mouillé de traces de mémoire de douceur – mes mots d’encre, mes
mots-images imprimés en contraste absolu absolument ancré dans ta carne.
Ces mots trouvés musclent
Ton corps vivant habité du son du papier.
Je t'embrasse,
Tu as le pouvoir de transformation.
Je suis le livre tu es ma viande.
Je suis le livre du corps incarné. Je suis le livre qui t’a lu dans le corps. Je suis le mot incarné de tes sens. Je suis le livre qui parle la viande rose ferrique du vivant, de ta viande vivante forte et rose golem de papier de muscle. Je suis un livre fontaine de muscles et je parle avec de l’eau avec la structure des fusions. Je parle l’eau profonde du cosmos. Je suis le souffle de la fontaine à reflets qui ancre ses bulles dans la langue du langage des gencives de l’écume de ta mère qui t ‘embrasse.
La lumière du soleil est un mouvement je suis
Un livre de poésie
Un livre de science radicale surréaliste
Un livre de science relative du ressenti absolu
Un livre tenseur
Un livre utile
Un livre de répétition
Un livre dard à tuile
Un livre de méditation
Un livre d’enquête psycho-animiso-animal des corps transpirants par le tien je suis
Ton corps coinçé entre deux pages je suis
Un contre-temps Je suis
Je suis
Un livre de théâtre tu me regardes je suis
Un livre avec un cheval je suis
Un livre de cheval je suis
Un livre écrit par toi, cheval, je suis
Un livre pour un cheval je suis
Un livre pour regarder un cheval je suis
Un livre pour voir le cheval le sentir le toucher l'embrasser le devenir ne plus pouvoir le nommer s'habiller d'un cheval je suis
Un livre chamanique
Un livre d’hypnose
Un livre qui donne du sens
Qui donne du sens à tes naseaux
Un livre de sorcier.
Le grimoire du cosmos, ce
Tenseur de dimensions exponentielles est
Dans tes mains inhumaines.
Dans tes mains la source sépia qui noiera le soleil
Dans les années-lumières de ton inconscient jusqu'au vide éblouissant.
Toi et moi sommes l’encre dans ce grimoire du cosmos
pour que
L’ether de ton cheval puisse tisser sa viande vivace
Par ses crins rugueux dans le ventre de ton vivant.
Le vent de
Ton Vivant
Mon Vivant
Le saint esprit
Quatre paires de sabots.
Pour ton cheval galopant
D'un soulier tenant l'autre
Par ma main tournant tes pages.
C'est très rapide et
Je t’aime, page n°7
L’orgasme de ton doigt dérouté dans la chaleur du papier. L’articulation soignée ici est une tannerie battante aux tonneaux de cuirs épaissis par jets de jus de tabac dans les rythmes des pieds des ouvriers giflant l’eau bleue parlée de la rivière aux poissons immortels.
Voici
Une selle pour un cheval.
Avec le métal des échos nets les aiguilles vibrantes de ton crâne fusionnant chaque métamorphose du ciel quelques millions de lieus avant l’eau du soleil dans l’époque glaciaire du cœur de tes molaires, avec ce métal
Nous ferons des étriers.
Ma musique des moelles mâche les cuirs mouillés.
Une eau fossile mille précieuse sort de tes dents elle
Est un vent
Dans l’os creux de ton ventre viande où le génie attend les sifflements du fer dans les tambours des sables pour te faire danser comme
Un cheval fier.
Je t’aime, cheval.
Le cheval est comme un dieu il sait.
Le cheval affirme qu’il est prairie.
Le cheval affirme qu’il est forêt.
C’est parce que c’est ce qu’il est.
Et toi, hussard, tu as un cheval dans ton ventre, tu es un cheval dans ton ventre.
J’écris cheval
Tu vois un cheval
Tu ne seras humain que lorsque tu seras un cheval.
cheval
Ce cheval est une bête aussi sauvage que le bruit,
Incontrôlable, il va de toutes parts.
cheval
Laisse les pieds de l’esprit devenir la communauté des arbres et deviens ton cheval.
cheval
Donne du sens à ce mot :
cheval
Il est la couleur qui te plaît. Son odeur, fière, musquée, chaume et sel de toutes les odeurs du monde se répand dans les bruits soufflés et sourds de sa respiration prévenante. Son cou immense se laisse traverser par un ronflement puissant qui vient raisonner la cage de son front interminable dans toutes les odeurs du monde et de la Terre.
Au fond de ses yeux cinquante millions d’années de divinité.
Les mêmes cinquante millions d’années qui frappent le sol dans cet art unique de ne jamais douter. La
Masse imposante est animée par l’entière tension d’une planète.
"cheval"
Lorsque tu réponds au nom de cheval, lorsque tu ressens cheval, lorsque tu respires par tonneaux et que les mouches commencent à te mordre pour fusionner avec toi, lorsque ton souffle chaud balaie l’herbe grasse et fleurie, et qu’il devient aisé de lancer six cents kilogrammes de noyaux d’atomes de viande de ventre par tes sabots indestructibles dans la prairie fusionnée à ta danse, lorsque tu deviens l’air et la vitesse et l’orage et la foudre et lorsque le mot cheval a enfin été oublié pour qu'un cheval entre dans ton corps,
À ce moment,
Lorsque tu es cheval,
Tu recouvres ton humanité.
"cheval"
Je suis ainsi.
Un haïku de colère de revanche,
Un livre simple et pas facile,
Dans une dimension superposée,
Un spectacle vivant dans un corps dansant,
Articulé par tes doigts agiles et
Imprimée par une machine.
Chacun de mes mots est un cheval,
Et toi, tu domines ce troupeau.
Dieu est plus grand que Dieu,
Mais rien n’est aussi grand que
cheval.
J’aime le désir des mouches.
L’image est devenue mobile, glissant
Sur la vague des hennissements littéraires de cette poésie.
Elle est le processus du vivant,
Son juste mouvement.
La parole n'est plus
Qu'un chapelet prié
De maladresse et
D'onomatopées.
cheval
caillou
dans
un escalier
Léopold Sauve
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