Youri Youri Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Dans le désert tout est instantané. La soif est instantanée,  Le froid est instantané,  La chaleur, l’ennui et la beauté, Tout arrive en permanence, Ici et là comme des aiguilles. Dans le désert, l’horizon son aiguille Vous pique en permanence, Et vous perce chaque organe, Dans l’instantané et l’endurance en Vous laissant un vaste sentiment d’éternité. Pendant qu’Abdelkader ouvrait minutieusement la chair d’Iqallijuq, Dans le Ouïgolt la patience du désert accueillait Youri et le sacré. Youri l’homme scarabée cherchait dans les dunes du Ouïgolt. Le blanc et ivre miroir des mirages se troublait d’une nacre sombre. L’aile noire et dure de Youri claquait d’un bruit rapide et sourd. Il creusait, Youri et son impossible fatigue, Il pelletait, Il cherchait. Le mouvement persistant de son exosquelette Laissait aller Youri là où le sable était dur. Youri cogna une pierre, une roche, une dalle,  Une tombe ! Il frissonna comme un prophète Devant son dieu adoré. Il mit sa corne en levier sous la dalle. (Et) il entendit hurler tous les loups du monde. Il défit les soudures, Puis il fit voler la pierre Pour la fusionner au soleil. C’est quand Youri ouvrit la tombe C’est quand la tombe de Bao fut ouverte, Que l’œil d’Abdelkader s’essora sur sa poitrine, Et que Youri se rafraîchit des larmes de la peur ; Et Youri dansait, Sur les poussières mouillées Au milieu du désert, Sur l’or de la pierre mouillée du désert. Youri dansait  Sur les larmes d’Abdelkader. Il avait trouvé Bao, Et Bao était maintenant libre ! Trois mois que Youri était sorti de tôle, Et on l’avait mis là Parce qu’il prêchait ; Parce que ses chants étaient contagieux ;  Parce que ses chants Racontaient Bao ; Et parce que Bao Devait être oublié. Parce que Youri le Pugnace Vivait dans un autre monde. Trois mois que Youri était sorti de tôle,  Encornant les grilles blanches, Avançant comme une machine sous  Les coups impuissants des matons,  Puis bourdonnant  Sous les balles et les Drones Security,  Il se créait un passage vers la sortie, Hors de la prison. Trois mois seulement. Il s’était enfuit pour chercher Bao et son antique cimetière dans le désert. Il s’était enfui pour ouvrir les tombes et libérer l’espoir d’un passé meilleur. Youri le moine fou s’était enfuit pour réaliser sa prophétie. Trois mois que Youri plonge dans le sable,  Sans l’ombre du midi,  À apprendre des serpents,  À manger l’eau sur la poussière,  À se durcir la chitine. Trois mois de cavale qui viennent de se finir. Youri le pieux savait qu’ici, La cité mortuaire du Ouïgolt La cité décapitée     par     les     sables, Il savait qu’elle était là, sous ses pieds. Cette cité sinistre, La cité interdite. Youri savait que sous ses pieds  Il y avait des tombes, Des étages de tombes, Cimetière monumental, Que le monde avait feint d’ignorer, Mais que lui, Youri, savait, Qu’il allait retrouver. Ce toit de paradis,  Cette bombe,  Il venait de l’ouvrir ! Et au fond du caveau, là, devant lui, Le corps sec et rêche de Bao, Le corps pur et mort de Bao  Et ses membres agglutinés, Du corps humain momifié dans les rayons immortels du désert. Alors Youri prie Et la barbe douce et sèche du prophète Prend Youri dans ses bras, Et le sourire de Youri,  Déchire sa carapace. Youri  L’Illuminé,  N’a qu’à courir tête baissée Pour ouvrir les 746 autres tombes. Puis Nakajima relâche ses serres, Et l’ogive tombe, Lourde, massive. Nakajima disparaît. L’ogive tombe, De plus en plus lourde. La bombe file La bombe attend, Seule dans l’atmosphère. Youri a fini sa cavale ! Explosion nucléaire ! Tout le Ouïgolt maintenant, N’est qu’un gaz suffocant.