# Abdelkader

<div id="bkmrk-abdelkader-votre-nav" style="max-width: 500px; margin: 30px auto; padding: 18px; background: linear-gradient(135deg,#ffb27a,#ff8a65); border-radius: 16px; box-shadow: 0 6px 18px rgba(255,130,80,0.3); text-align: center;"><div style="font-size: 0.7em; color: #fff; margin-bottom: 10px; letter-spacing: 0.4px;">Abdelkader</div><audio controls="controls" style="width: 100%; background: #fff; border-radius: 12px;"> <source src="https://cloud.du.mouvant.icu/s/jfxqMWrGa5934cQ/download" type="audio/mpeg"> Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. </source></audio></div>La pieuvre est un animal fascinant.  
Outre ses capacités cognitives exceptionnelles,  
Son art du camouflage offre bien des intérêts.  
Lorsqu’elle se pose sur un rocher  
Son œil capte aussitôt   
Les textures et les couleurs.  
L’environnement est instantanément fixé  
Dans son imaginaire.  
Et cet imaginaire est automatiquement transcrit  
Sur sa peau.  
La pieuvre est alors totalement invisible.

Pour le WildSafe Project   
Ces capacités devaient être exploitées.  
Imaginez un individu agile, intelligent,  
Et qui ne peut pas mentir.  
Il ne peut pas mentir parce que   
Toutes ses pensées  
Se lisent sur sa peau.  
La pieuvre est une greffe idéale pour créer des êtres puissants,  
Des êtres de pouvoir  
Faciles à surveiller.

La peau d’Abdelkader la pieuvre   
Trahira toujours sa pensée.

Le brancard d’Iqallijuq dans le couloir  
Glissait comme un enfant sur le Nil.  
Dans l’œil d’Iqallijuq   
Un carton enfoncé,  
Dans son œil le mépris   
Pour les débordés.  
Sur le carton inscrit,  
Le D des débordés.  
Le D du mépris  
Enfoncé   
Dans son œil au plus près   
De son cerveau débordé.

« Abdelkader ! Il faut que tu trouves !  
Il faut que tu trouves Abdelkader ! »

Tout ces débordements, aujourd’hui,   
Ce n’est pas naturel pense Abdelkader.  
Abdelkader pensait, et sur sa peau s’écrivait sa pensée.  
Sur sa peau la musique picturale des lumières  
Dans les mouvements des sables.

Une bagarre, demande Abdelkader le savant ?  
« Non Abdelkader, une balle dans le foie,   
Elle a repris ses esprits mais  
Maintenant elle est morte. »  
Qui a tiré, demande Abdelkader le sage ?   
« Un flic écrevisse, son sang est rouge il est clean ».

Abdelkader le crack de la greffe doit comprendre.  
Il doit comprendre pourquoi Aujourd’hui tant de débordement.

De ses deux ventouses, Abdelkader coince adroitement une lame.  
Il entaille la greffe sous les poils tigrés de l’épaule.  
L’œil noir du maître reconnaît la bonne tenue de la greffe WildSafe Project.

Iqallijuq est humaine.  
Aucune raison apparente de débordement.  
Abdelkader n’a pas fait d’erreur,  
WildSafe compte sur lui.  
Il doit trouver la cause.  
Peut-être une défaillance hormonale propre aux félins.  
Abdelkader était contre l’idée des prédateurs trop instinctifs.  
Trop dangereux.  
« Qu’est-ce qu’elle a l’air paisible.  
J’ai jamais vu des morts aussi détendus.  
On dirait qu’ils dorment. »

Il doit faire des analyses plus poussées.  
Spectrogrammes lymphatiques, analyses sanguines, séquençage chromosomique, scanner orgonotique, échos nucléiques défragmentaires… Abdelkader est en traque, Abdelkader va trouver.  
Abdelkader empoigne le brancard et s’élance dans les couloirs céramiques.

Il n’a pas remarqué,   
Quand il a recouvert   
La tête mutilée d’Iqallijuq,  
Il n’a pas remarqué quand   
Il a effleuré pour la première fois la débordée.  
Il n’a pas remarqué mais   
La tentacule de sa main,  
A vivement changé de couleur   
Puis elle s’est soudain ramollie,  
Sur le coup d’une fatigue mystique.  
Il ne s’est pas vu changer mais  
Maintenant   
Abdelkader se détend.

Et c’est une euphorique lassitude qui  
Éteint Abdelkader et lui  
Voit le temps se dissoudre.

« Abdelkader ! Abdelkader ! »  
« Abdelkader ! Réveille-toi ! »

Mais Abdelkader plonge et sa peau,  
Sa peau de pieuvre,  
S’orne de couleurs  
Et de formes.  
Elle s’anime de graphismes scripturaux.

Des écriture anciennes,  
Que personne ne peut reconnaître.

Abdelkader la pieuvre   
Abdelkader devient   
Autre chose.  
Il déploie largement ses spasmes  
Il déploie son souffle   
Dans l’espace.  
Il nage souple dans les lumières cosmiques.  
L’octopus des étoiles danse ample   
Pour nouer et clouer l’espace-temps.

Abdelkader est le tunnel des voix désincarnées et   
Maintenant il sent la terre se sécher,  
Il sent la lumière du désert,  
Sur sa peau la lumière du désert,  
On reconnaît sur sa peau,  
Sur sa peau,  
Les parfums chauds et les vents de poussière  
Et les lointains grelots des serpents à sonnette.  
Il sent un feu follet jaillir dans le jour et  
Dans le carré de sa vision,  
Le visage impatient de Youri, et sa corne de scarabée.  
Sur la peau de pieuvre d’Abdelkader   
Le visage de Youri le scarabée.

Youri, ce fouteur de merde !  
Youri ce putain d’anarchiste  
Et sa putain de quête sacrée de mon cul !  
Sa prophétie à la con !  
La cité mortuaire du Ouïgolt !  
Le désert interdit !  
Ce putain de Youri, il a soulevé une pierre !  
Ce bousier est dans le désert et il a trouvé les tombes !  
Youri tu vas crever !

Autour d’Abdelkader tout le monde a vu Youri dessiné sur la peau.  
Autour d’Abdelkader tout le monde a vu sur sa peau, Youri  
Ouvrir une tombe dans l’antique souvenir du Ouïgolt !  
Youri a profané l’oubli et   
Youri doit rester dans cette putain de tombe !  
La vision est trop grave !  
Le mystique doit périr,  
Youri tu vas mourir.

WildSafe Company dépêche une chiée de miliciens de l’Éden pour punir le profanateur.  
Ils sont déjà sûrement en route.

Abdelkader le brillant ne se réveillera jamais.  
Ses collègues sont priés de l’accompagner dans la fausse des débordés.  
Ce qu’ils font,   
Dans la rigueur furieuses des chiens kamikazes.  
Abdelkader disparaît  
Abdelkader disparaît  
Abdelkader  
Abdelkader  
Abdelkader...