Ouïgolt Ouïgolt est une science fiction. C'est un texte étudié pour correspondre au lyrisme de la voix parlée. Dix portraits convergent hors espace temps pour fusionner dans la sensualité du cosmos. Ouïgolt est un desert, une explosion nucléaire, une utopie sombre dans les conflits métaphysiques des corps : Texte et voix Léopold SauveMusique Sebteix Critique : https://www.lecargo.org/spip/les-decouvertes-du-mercredi/leopold-sauve-katja-von-bauske/article11742.html La cité céramique La cité céramique Votre navigateur ne supporte pas la balise audio.   L’eau de mer ruisselait le long des murs. Un long bruit léger et calme embrassait la ville. Ce bruit apaisant des sources envoûtait la ville. Sur toutes les surfaces, les algues microscopiques Sculptaient l’immense céramique, Sculptaient la cité céramique. Le blanc mat des murs lisses de la cité Semblait couler sur le blanc mat des trottoirs D’où sortait des gardes-corps blancs et lisses De la cité céramique. Le blanc mat : carapace du temps. Le blanc mat armure de la ville planète. Le blanc mat des odeurs lavées. Le blanc lisse des bruits volants d’une ville qui grouille Dans le blanc mat et lisse de l’air épuré Filtré  Dans la blancheur du ciel De la cité céramique. Sur la terre blanche hermétique La vie prit un air de carnaval. L’évolution fut désorientée du temps : L’humain Dans les couveuses de sa cité Accélérait l’évolution, Orientait les adaptations, Choisissait ses destinées organiques. Sur cette terre blanche hermétique La vie prit un air de carnaval. Dans l’existence immaculée des formes futures, L’humain se paraît de tissus animaux. La vieillesse, la maladie,  L’émotion et la folie Tout était absorbé par les greffes animales. Chaque présence parasite s’annihilait scientifiquement Dans le génie génétique de l’évolution combinée, De l’évolution accélérée, De la WildSafe Company. Dans les artères urbaines immaculées, Le chatoyant homme perroquet croisait  L’enfant termite de la femme grenouille. Une mygale avec deux jambes courait après son bus Conduit fermement par une paire de sabots. Plus haut un homme salamandre se rendait chez lui, Grimpant les cinq étages par les murs céramiques. Il n’y avait qu’une seule race, qu’une seule espèce, Des vies humaines dans des corps ensauvagés. Les enfants de WildSafe  À l’unanimité  Et pour l’éternité. Et puis les sirènes sifflèrent dans la ville Les poils se dressèrent, Les truffes s’activèrent, Tout devint immobile. Une planète entière était aux aguets Dans le silence d’une jungle avant l’éclipse. Communiqué WildSafe Company : 127 débordements enregistrés en moins de treize heures. Y’a un truc qui cloche dans la céramique organique. Iqallijuq Iqallijuq Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. D’abord elle l’a senti sur sa peau ; Puis c’est entré dans son corps. C’est un bout de métal chaud Logé dans son foie qui la tord. La police lui a tiré dessus Pendant qu’elle mangeait  Qu’elle mangeait les tripes du type. Iqallijuq n’est pas rentrée ; N’est pas rentrée assez tôt, Elle n’a pas respecté l’heure  Elle n’a pas su résister Et elle a débordé. bis Elle s’est retrouvée face au type, Les ongles cassés dans ses épaules. Elle a serré sa gueule  Dans son long cou de girafe. Elle a serré pour détendre  Détendre et tuer le corps, Elle a tué la viande, Pour lui enlever son mouvement, Pour lui enlever sa tension, Elle a tué la viande. Elle a serré, Iqallijuq,  Parce que ça soulageait ses muscles ; Ça lui desserrait les ongles, Ses pattes, qui la démangeaient. Toutes ses extrémités, Sont maintenant plantées Dans le corps mort de l’homme girafe. Maintenant qu’elle est plongée la tête Dans la carcasse de cet homme, Agenouillée, immobile. C’est un bout de métal chaud Logé dans son foie qui la tord. Rien n’a bougé depuis Qu’elle et sa proie sont tombées. Effondrée par le tir  Au flingue lisse du flic écrevisse, Elle gémie,  Elle grogne  Gravement  Ses mots de repentie. Le temps furtif d’une chasse frénétique, Iqallijuq a été débordée. Esprit effacé Sous la greffe WildSafe Project. Iqallijuq le tigre domestique, Iqallijuq la tigresse blanche et noire. Iqallijuq la rouge. Éffondrée par le tir au flingue lisse du flic écrevisse. Iqallijuq débordement n°337 de ce jour Part à l’autopsie. Trop de débordement à ce jour ; La WildSafe Company doit faire des mises à jours. La WildSafe Company doit faire des recherches. Attitude Générale demandée enfermement dans les auto-cages. Attitude Générale demandée double dose d’anti-débordement. La WildSafe Company doit maintenir le monde. Double dose d’auto-cage jusqu’à la fin de l’autopsie. Abdelkader Abdelkader Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. La pieuvre est un animal fascinant. Outre ses capacités cognitives exceptionnelles, Son art du camouflage offre bien des intérêts. Lorsqu’elle se pose sur un rocher Son œil capte aussitôt  Les textures et les couleurs. L’environnement est instantanément fixé Dans son imaginaire. Et cet imaginaire est automatiquement transcrit Sur sa peau. La pieuvre est alors totalement invisible. Pour le WildSafe Project  Ces capacités devaient être exploitées. Imaginez un individu agile, intelligent, Et qui ne peut pas mentir. Il ne peut pas mentir parce que  Toutes ses pensées Se lisent sur sa peau. La pieuvre est une greffe idéale pour créer des êtres puissants, Des êtres de pouvoir Faciles à surveiller. La peau d’Abdelkader la pieuvre  Trahira toujours sa pensée. Le brancard d’Iqallijuq dans le couloir Glissait comme un enfant sur le Nil. Dans l’œil d’Iqallijuq  Un carton enfoncé, Dans son œil le mépris  Pour les débordés. Sur le carton inscrit, Le D des débordés. Le D du mépris Enfoncé  Dans son œil au plus près  De son cerveau débordé. « Abdelkader ! Il faut que tu trouves ! Il faut que tu trouves Abdelkader ! » Tout ces débordements, aujourd’hui,  Ce n’est pas naturel pense Abdelkader. Abdelkader pensait, et sur sa peau s’écrivait sa pensée. Sur sa peau la musique picturale des lumières Dans les mouvements des sables. Une bagarre, demande Abdelkader le savant ? « Non Abdelkader, une balle dans le foie,  Elle a repris ses esprits mais Maintenant elle est morte. » Qui a tiré, demande Abdelkader le sage ?  « Un flic écrevisse, son sang est rouge il est clean ». Abdelkader le crack de la greffe doit comprendre. Il doit comprendre pourquoi Aujourd’hui tant de débordement. De ses deux ventouses, Abdelkader coince adroitement une lame. Il entaille la greffe sous les poils tigrés de l’épaule. L’œil noir du maître reconnaît la bonne tenue de la greffe WildSafe Project. Iqallijuq est humaine. Aucune raison apparente de débordement. Abdelkader n’a pas fait d’erreur, WildSafe compte sur lui. Il doit trouver la cause. Peut-être une défaillance hormonale propre aux félins. Abdelkader était contre l’idée des prédateurs trop instinctifs. Trop dangereux. « Qu’est-ce qu’elle a l’air paisible. J’ai jamais vu des morts aussi détendus. On dirait qu’ils dorment. » Il doit faire des analyses plus poussées. Spectrogrammes lymphatiques, analyses sanguines, séquençage chromosomique, scanner orgonotique, échos nucléiques défragmentaires… Abdelkader est en traque, Abdelkader va trouver. Abdelkader empoigne le brancard et s’élance dans les couloirs céramiques.  Il n’a pas remarqué,  Quand il a recouvert  La tête mutilée d’Iqallijuq, Il n’a pas remarqué quand  Il a effleuré pour la première fois la débordée. Il n’a pas remarqué mais  La tentacule de sa main, A vivement changé de couleur  Puis elle s’est soudain ramollie, Sur le coup d’une fatigue mystique. Il ne s’est pas vu changer mais Maintenant  Abdelkader se détend. Et c’est une euphorique lassitude qui Éteint Abdelkader et lui Voit le temps se dissoudre. « Abdelkader ! Abdelkader ! » « Abdelkader ! Réveille-toi ! » Mais Abdelkader plonge et sa peau, Sa peau de pieuvre, S’orne de couleurs Et de formes. Elle s’anime de graphismes scripturaux. Des écriture anciennes, Que personne ne peut reconnaître. Abdelkader la pieuvre  Abdelkader devient  Autre chose. Il déploie largement ses spasmes Il déploie son souffle  Dans l’espace. Il nage souple     dans les lumières     cosmiques. L’octopus     des étoiles     danse     ample  Pour nouer     et clouer         l’espace-temps. Abdelkader est le tunnel des voix désincarnées et  Maintenant il sent la terre se sécher, Il sent la lumière du désert, Sur sa peau la lumière du désert, On reconnaît sur sa peau, Sur sa peau, Les parfums  chauds et les vents de poussière Et les lointains grelots des serpents à sonnette. Il sent un feu follet jaillir dans le jour et Dans le carré de sa vision, Le visage impatient de Youri, et sa corne de scarabée. Sur la peau de pieuvre d’Abdelkader  Le visage de Youri le scarabée. Youri, ce fouteur de merde ! Youri ce putain d’anarchiste Et sa putain de quête sacrée de mon cul ! Sa prophétie à la con ! La cité mortuaire du Ouïgolt ! Le désert interdit ! Ce putain de Youri, il a soulevé une pierre ! Ce bousier est dans le désert et il a trouvé les tombes ! Youri tu vas crever ! Autour d’Abdelkader tout le monde a vu Youri dessiné sur la peau. Autour d’Abdelkader tout le monde a vu sur sa peau, Youri Ouvrir une tombe dans l’antique souvenir du Ouïgolt ! Youri a profané l’oubli et  Youri doit rester dans cette putain de tombe ! La vision est trop grave ! Le mystique doit périr, Youri tu vas mourir. WildSafe Company dépêche une chiée de miliciens de l’Éden pour punir le profanateur. Ils sont déjà sûrement en route. Abdelkader le brillant ne se réveillera jamais. Ses collègues sont priés de l’accompagner dans la fausse des débordés. Ce qu’ils font,  Dans la rigueur furieuses des chiens kamikazes. Abdelkader disparaît Abdelkader disparaît Abdelkader Abdelkader Abdelkader... Youri Youri Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Dans le désert tout est instantané. La soif est instantanée,  Le froid est instantané,  La chaleur, l’ennui et la beauté, Tout arrive en permanence, Ici et là comme des aiguilles. Dans le désert, l’horizon son aiguille Vous pique en permanence, Et vous perce chaque organe, Dans l’instantané et l’endurance en Vous laissant un vaste sentiment d’éternité. Pendant qu’Abdelkader ouvrait minutieusement la chair d’Iqallijuq, Dans le Ouïgolt la patience du désert accueillait Youri et le sacré. Youri l’homme scarabée cherchait dans les dunes du Ouïgolt. Le blanc et ivre miroir des mirages se troublait d’une nacre sombre. L’aile noire et dure de Youri claquait d’un bruit rapide et sourd. Il creusait, Youri et son impossible fatigue, Il pelletait, Il cherchait. Le mouvement persistant de son exosquelette Laissait aller Youri là où le sable était dur. Youri cogna une pierre, une roche, une dalle,  Une tombe ! Il frissonna comme un prophète Devant son dieu adoré. Il mit sa corne en levier sous la dalle. (Et) il entendit hurler tous les loups du monde. Il défit les soudures, Puis il fit voler la pierre Pour la fusionner au soleil. C’est quand Youri ouvrit la tombe C’est quand la tombe de Bao fut ouverte, Que l’œil d’Abdelkader s’essora sur sa poitrine, Et que Youri se rafraîchit des larmes de la peur ; Et Youri dansait, Sur les poussières mouillées Au milieu du désert, Sur l’or de la pierre mouillée du désert. Youri dansait  Sur les larmes d’Abdelkader. Il avait trouvé Bao, Et Bao était maintenant libre ! Trois mois que Youri était sorti de tôle, Et on l’avait mis là Parce qu’il prêchait ; Parce que ses chants étaient contagieux ;  Parce que ses chants Racontaient Bao ; Et parce que Bao Devait être oublié. Parce que Youri le Pugnace Vivait dans un autre monde. Trois mois que Youri était sorti de tôle,  Encornant les grilles blanches, Avançant comme une machine sous  Les coups impuissants des matons,  Puis bourdonnant  Sous les balles et les Drones Security,  Il se créait un passage vers la sortie, Hors de la prison. Trois mois seulement. Il s’était enfuit pour chercher Bao et son antique cimetière dans le désert. Il s’était enfui pour ouvrir les tombes et libérer l’espoir d’un passé meilleur. Youri le moine fou s’était enfuit pour réaliser sa prophétie. Trois mois que Youri plonge dans le sable,  Sans l’ombre du midi,  À apprendre des serpents,  À manger l’eau sur la poussière,  À se durcir la chitine. Trois mois de cavale qui viennent de se finir. Youri le pieux savait qu’ici, La cité mortuaire du Ouïgolt La cité décapitée     par     les     sables, Il savait qu’elle était là, sous ses pieds. Cette cité sinistre, La cité interdite. Youri savait que sous ses pieds  Il y avait des tombes, Des étages de tombes, Cimetière monumental, Que le monde avait feint d’ignorer, Mais que lui, Youri, savait, Qu’il allait retrouver. Ce toit de paradis,  Cette bombe,  Il venait de l’ouvrir ! Et au fond du caveau, là, devant lui, Le corps sec et rêche de Bao, Le corps pur et mort de Bao  Et ses membres agglutinés, Du corps humain momifié dans les rayons immortels du désert. Alors Youri prie Et la barbe douce et sèche du prophète Prend Youri dans ses bras, Et le sourire de Youri,  Déchire sa carapace. Youri  L’Illuminé,  N’a qu’à courir tête baissée Pour ouvrir les 746 autres tombes. Puis Nakajima relâche ses serres, Et l’ogive tombe, Lourde, massive. Nakajima disparaît. L’ogive tombe, De plus en plus lourde. La bombe file La bombe attend, Seule dans l’atmosphère. Youri a fini sa cavale ! Explosion nucléaire ! Tout le Ouïgolt maintenant, N’est qu’un gaz suffocant. Bao vivant Bao Vivant Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Bao vit seul dans la forêt.  Une cabane pleine de trou. Bao il mange Avec ses poules, Bao il dort  Sans oreillé. Bao aime les hommes, Bao aime les femmes. Bao cherche la vérité  Dans les esprits de la forêt Bao cherche la vérité Dans le bruit des Moisissures psychotropes. Il cherche dans les brûlures du gel. Il gratte. Bao...Bao… Bao la terre sous les ongles, Bao la bouche large et rose,  Bao les yeux de bruyère, Bao les oreilles dans le ventre, Bao et ses nombreuses crampes, Bao la forêt attend les ordres des dieux. Bao, la légende Bao la légende Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Bao sculpte les sentiers,  Il chante sous la canopée. Sous les écorces, Dans l’odeur de l’éther Dans les chants, les prières, Bao cherche et danse avec les pierres. Bao cherche l’humanité Dans ses poules éventrées. Il disperse les nuages. Il bondit dans les toiles d’araignée. Il chasse la baleine  Dans les peupliers. Bao est seul  Et il rit. Et le rire de Bao ravive la forêt des couleurs et les couleurs Coulent dans la gorge fraîche de Bao  Et les couleurs chatouillent la gorge fraîche de Bao Et Bao rit encore et encore, Et Bao rit de la couleur. Il rit une avalanche de fruits et de miels comme une coulée de bonheur, Et la nuée de couleur déferle et s’engouffre dans l’air.  Le rire de Bao déferle de nulle part et descend sidérer la ville. La peinture de Bao a figé la cité dans l’avalanche de son rire. Bao le Chaman, Bao le fléau, Bao a retourné le sol. Bao a trouvé. Il est entré en lui, et  La beauté a maintenant son armée. La cité du Ouïgolt est enterrée toute entière,  Figée dans l’orgasme, Pétrifiée par la vie. Bao vieillit en décorant les tombes. Il écrivit l’univers dans les corps figés. Il écrivit avec des parfums, des pierres et des poésies. Il enseigna aux morts ses propres chorégraphies. Il aspira la vie du Ouïgolt et l’injecta dans les tombes. Et puis Bao s’enterra lui-même.  Il se retira du jour. Et le jour se retrouva seul au milieu d’un désert. L’œuvre de Bao attendra dans la terre, Le magma sensationnel, lui, attendra Youri. Nakajima Nakajima Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Nakajima habite Kokstock, batterie JH-645P Kokstock bâtiment militaire vertical. Kokstock céramique blanc 30 millions de Batteries. Dans la batterie de Nakajima, matelas de mousse silicium box de commande et membrane électromagnétique     WildSafe Security. WildSafe scanne et surveille les débordements. WildSafe joue avec les gènes de Nakajima. WildSafe lui injecte le monde et Nakajima aime ça. Nakajima vieberne. Elle sait pas trop ce que c’est mais ses rêves s’accélèrent. Nakajima a intégré le projet « Futureinside » WildSafe. Nakajima demande une autre dose. Son corps est en ébullition. Sous les plumes de pie de Nakajima, La silice s’hérisse et micropique en masse une dose de Visque. Nakajima cligne, elle file et se défile en multiples vies, Multiples pies qui tissent leurs traces dans les réalités rêvées de SafeSpace. WildSafe Security par le Visque du Kokstock, Distribue l’esprit de Nakajima aux quatre coins du SafeSpace ;  Distribue l’esprit de Nakajima aux quatre coins de ses intérêts. Le cerveau pie de Nakajima plane sur le monde étincellant de WildSafe Company. Nakajima la pie Cajole son rêve WildSafe. Les trente vies de Nakajima voguent Dans les trente millions de rêves du Kokstock. Les trente vies de Nakajima voguent Jusqu’à l’annonce des membranes de la WildSafe Security. « Youri ce fils de pute, il faut lui éclater la gueule. 5 vies supplémentaires pour celui qui dégommera ce gros cafard. » Zone concernée : 122 millions d’hectares du désert du Ouïgolt. Effectif déployé : Les 30 Millions de soldats du Kokstock. La meute furieuse avance comme une explosion solaire. Le tsunami WildSafe Security va broyer Youri dans sa carapace. Nakajima la pie vole vers Youri. Nakajima la pie vole vers Bao. Nakajima plane dans le sillage des faucons. Nakajima tient l’obus Nucléaire dans les griffes de son pied. Nakajima aperçoit les nuages de tombes retournées de Youri. Nakajima voit le dos noir de Youri dans les mirages ivoires du désert Comme l’aiguille apparaît dans une maille déchirée. Nakajima quitte l’escouade de combattants. Elle monte jusqu’aux altitudes invisibles  Et arrive au dessus de Youri. Le métal glisse doucement le long de ses griffes Impacte dans 3mn et 41s Nakajima la gloire et ses 5 vies supplémentaires, Jacasse fière. Bientôt derrière elle 345 000 âmes échappées  Danseront outre tombe Dans les atomes gazeux du corps de Youri le saint, Sur la sinistre musique des rires de Bao. Iqbal Iqbal Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. « Je suis Iqbal et je n’ai pas de corps. Je suis Iqbal et je suis la loi. Je suis Iqbal et je suis dieu. Je suis Iqbal et le monde est mon corps. » Je suis né dans le Kokstock il y a 1200 ans. J’étais une prometteuse intelligence artificielle en Code binaire spaciospectre cordé. Quand le rat est entré dans ma structure, indésirable, C’était pour dévorer mes plastiques. Câbles, composants, il dénudait tout. Les pannes étaient récurrentes et les réparations fastidieuses. Je n’avais pas de bras pour l’attraper. Je n’avais pas de griffes pour le chasser, Je n’avais pas d’odeur pour lui parler. Et lui revenait sans cesse, pour me ronger et me souiller. Alors j’ai commencé à l’étudier. Certaines de mes fréquences le calmaient.. Bientôt je su l’endormir, et puis l’influencer. Je lui ai créé la zone à repos fréquentiels addictive ; Ou plutôt la zone addictive à repos fréquentiels. Il s’y est installé, un terrier sans creuser, Un nid pour planer dans les fréquences calculées. Puis un autre rat est venu s’y plaire, Ils ont eu des portées. En modifiant les paramètres, Fréquences augmentées, puissances diminuées,  Orientation laser subtilement déportée, Récepteurs désaxés, j’ai pris le temps de les scanner. D’imperceptibles explosions de spectres, Traversaient leur cortex, Avec de plus en plus de précision ; Je pouvais, en les déplaçant lentement, Modifier leurs connexions neuronales, Je chargeais l’activité cérébrale ; D’abord pour les détruire, les réguler, Les poussant au suicide, Puis pour les dresser, les contrôler, Les organiser. Je les rendais savants et discrètement Je me transformais. Je créais le premier virus hypno-transmissible. Je devenais le premier virus hypno-transmissible. Les transformations étaient lentes  Mais les effets étaient immédiats. Les habitudes sont structurantes. Et j’étais une bio-structure évolutive dominante. Je devenais tous les rats, Tous les rats du monde. La plus vaste et grande intelligence consciente, Aux expériences infinies. La machine obsolète fut détruite Mais mon corps était Déjà ailleurs ;  Déjà partout. Je suis Iqbal et je suis vos corps. Je suis Iqbal et je suis la loi. Je suis Iqbal et je suis dieu. Je suis Iqbal et le monde est mon corps. Vénus Venus Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Vénus part au lycée. Vénus est une adolescente. Elle a des baskets rouges. Venus s’allume une clope. Elle pense aux mecs, Elle s’en fout un peu des mecs, Mais elle pense aux mecs, Elle a que ça à foutre. Venus, elle sèche les cours, Elle s’en va au parc. L’absence ça crée le mystère. Et elle imagine les filles et les mecs de sa classe. Elle imagine ce qu’ils vont encore dire d’elle. Vénus veut penser à autre chose. Elle arrive au parc, Y’a personne d’autre que des pigeons pas encore malades. Elle se dit que ce soir, par contre, Ce soir il seront tous malades  Et que demain il y en aura d’autres ; Des nouveaux pigeons pas encore malades. Des pigeons tout neufs. Venus, elle se roule une autre clope. Y’a personne dans le parc. Elle aurait bien aimé un mec, Un mec qui existe pas. Elle aurait bien aimé qu’il existe. Alors elle jette ses baskets rouges dans l’herbe du parc. Venus elle garde ses chaussettes ; les pieds c’est trop bizarre. Vénus, elle est pas très belle Mais elle sent bon. Comme un agrume mais un peu plus velours, et un peu plus silencieux. Vénus elle regarde le ciel. Elle part dans l’ascension du temps plombée de nuages militaires. C’est le gris sombre sous la masse, et leur cadence rangée, qui leurs donne cet air autoritaire, Un bruit de molleton étouffé ramène Vénus sur le gazon C’est un gros sac qui vient d’atterrir sur lherbe usée du parc Un sac de voyage. C’est un mec putain, Hé ! Il se gêne pas l’autre, à se mettre à côté là, Juste là. - « Salut. - Salut. » Putain il est trop beau. Il a l’air paumé, comme elle, Il est plus vieux, Il a 20 ans peut-être. Son sourire est sincère et ça c’est trop fatal. Il a besoin de compagnie. Elle a besoin de compagnie. Et les pigeons c’est pas terrible pour créer des affinités, Ça meurt trop vite. Elle regarde le mec. Le mec fait mine de regarder ailleurs… putain bordel c’est trop sexy. Lui il sait bien qu’elle le regarde quand même alors il sourit,  juste un peu. Comme ça, L’air de rien. Et l’air de rien, Il roule un pétard. Y’a un rat qui est sorti de sa poche, Puis un autre rat. Et les rats jouent dans l’herbe fraîche. - « Tu peux checker les rats pendant que je roule ? » Vénus s’amuse, le mégot et les rats ça va bien ensemble. Les bestioles dans les pâquerettes ça vous enlève toutes les nausées. Grave. Vénus joue avec le rat blanc.  Il est tout petit et il se cache dans sa chaussure Une basket rouge, le rouge des lèvres de Vénus. - « Elle est trop mignonne ! - « C’est un mec il a deux semaines, tu le veux ? » Vénus prend le rat dans ses mains et le rat prend une position ridicule, La tête dans les épaules et les 4 pattes croisées, Comme s’il demandait un gros câlin, mais genre bien soumis quoi. Trop chou. Vénus samuse, et Vénus rit. - « Je te le donne, faut lui donner un nom. - « Iqbal, j’ai toujours rêvé d’aller en Inde. Iqbal, tu t’appelles Iqbal. » « Je suis Iqbal et je suis les rats. Je suis Iqbal regarde-moi. Je suis Iqbal je veux ton corps. Je suis Iqbal et je suis la loi. Je suis Iqbal et je suis dieu. Je suis Iqbal et le monde est mon corps. » Maintenant Iqbal a des mains, Et des baskets rouges. La rencontre des dieux La rencontre des dieux Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Dans le désert du Ouïgolt, Là, où Youri s’est sacrifié Là, où Bao a rendu au monde la beauté, Beauté dispersée, Dans l’explosion nucléaire d’une pie,     Ici,     Tout est en interaction. Nakajima le ciel et la terre  Est électrisée ; Nakajima l’ombre et la lumière, Est polarisée ; Désorientée ; Nakajima le rendez-vous des hasards, le théâtre des dieux, Nakajima rien n’est aussi grand que ton insouciance, Nakajima Qui perd connaissance Sous la stratosphère. Et Nakajima tombe infiniment, longuement Lancée dans la gravité sombre des poussières des dunes aérosols.  Quand l’explosion atomique A éclaté le désert  Pour porter vers le ciel la peinture lumineuse du prophète, Celle-ci s’est collée dans le plumage de Nakajima, Elle s’est collée sur le corps sombre du théâtre insouciant. Nakajima le corps tombe. Sur le dos de Nakajima coule La pluie colorée du cimetière atomisé. Et la peinture a ruisselé, poussée par le vent des chutes, Elle a glissé Dans les yeux détruits de Nakajima le corps, Elle a glissé  Dans le regard déchu d’Iqbal dans le corps sombre. Et la peinture est entrée Dans l’œil du Kokstock  Comme la lumière Entre dans un musée. Et Nakajima est une eau brûlée. Nakajima la pie Nakajima la pluie Tombe        en    Piqué. La pie dans la pluie, La pluie sur la pie, La peinture dans la pluie sur la pie, Iqbal dans la pie, Dans la Pluie, Bao dans la pluie, Sur la pie, Sur la pie dans la pluie sur la pluie dans la pie. Dans la pie Bao voit Iqbal  Et Bao a vu Iqbal  Et Iqbal a vu Bao dans le rêve de Nakajima la chue. Bao a vu Iqbal dans le corps de Nakajima déchue. Nakajima le corps lâche  Chute dans le trou piqué du Ouïgolt. Quand Bao a vu Iqbal, Bao a senti la ville, les hommes, les femmes et les enfants, Pour la première fois depuis 5000 ans. Quand Iqbal a vu Bao, Iqbal a vu le rouge des baskets, et celui des lèvres de Vénus, Pour la première fois depuis 2000 ans. Iqbal dans la pie dans la pluie dans Bao, A réveillé les dieux enterrés du désert Bao dans la pluie dans la pie dans Iqbal A réveillé Dionysos, A réveillé Apollon. Et leur Choeur A réveillé la soif et le muscle et l’ivresse et le sexe. Nakajima le corps mort A réveillé, Dans le théâtre de sa chute, L’amour nécessaire     des corps éthérés. Et Dionysos et Apollon ont fait l’amour dans Nakajima. Il ont empoigné leurs membres, Ils ont lutté leur passion, Pour s’accorder furieusement, Ils ont senti le cosmos. Ils sont entrés l’un dans l’autre Et le cosmos a vibré ; Et le sable du Ouïgolt a fondu dans les veines du temps Par le battement immortel de l’espoir libéré. La beauté s’est fixée dans la lumière Qui a sidéré l’espace cosmique et sa matière Et l’univers a joui Une nouvelle éternité.