Lo jòi des troubadours

Penser, c'est chercher une phrase. 
Penser, c'est trouver et agencer des mots. 

Des mots qui portent en eux la mémoire d'une culture. 

C'est ma culture qui me pense. 
Je pense au nom de ma culture. 

Parmi ces mots qui me pensent, j'observe une abstraction. 
Ma culture a abstrait ces mots qui me pensent et cela jusqu'à ce que 
Je ne puisse plus me penser. 

Je dois trouver ces mots qui m'habitent 
Bien au-deçà de ma pensée maternelle. 

J'ai dans ma voix la musicalité occitane 
Des troubadours. Je les lis et je trouve 

Un monde où le mouvement dépasse l'idée. 
Un monde où l'invisible se révèle par le chant 
Et non par l'abstraction. 

Lo jòi : Le joi, qui n'est pas la joie manifeste mais une force pénétrante, source de tout lyrisme et qui me lie au rossignol. 
L'esmai : Obsession organique sourde qui précède toute conscience. L'esmai est un état dense de perception, de rumination perceptive. 
Lo cor : Le cœur, un jardin dans l'intime où tout converge en une subjectivité, une identité réelle. 
Lo talan : Le désir chargé de sa subjectivité. 
Lo pantais : Une rêverie dans une âme qui n'a jamais dissocié le corps de son esprit. 
Lo cossir : Une pensée qui cherche sa matière, ses mots, leur agencement, pour correspondre au vécu. Lo cossir est un ressac enivrant. 
La mezura : La justesse, dans un monde mouvant, est plus un intervalle qu'un objet. 
La coindeta : C'est la qualité des attentes nobles. L'intention qui fait l'ego, sa dynamique plus que son image. 

C'est une terminologie, trouvée, éprouvée par des poètes médiévaux concernés, 
Et c'est une terminologie rêvée pour tout ce qui touche encore au lyrisme, 
Et donc au théâtre. 


Révision #2
Créé 2026-08-02 00:16:08 CEST par leopold
Mis à jour 2026-08-02 01:05:07 CEST par leopold