# Le lyrisme et le commentaire dans la dramaturgie L'écriture dramatique est une écriture lyrique, d'un lyrisme organique qui dépasse le lyrisme littéraire. Le lyrisme, c'est l'apparition del jòi. La dramaturgie est la discipline artistique qui trouve son lyrisme hors d'elle, dans le jeu de l'acteur. Le dramaturge suggère le jeu. Si le jeu n'est pas une suggestion mais une contrainte dramatique, l'acteur devient le porte-parole d'un projet d'un autre temps, il n'acte plus sa présence mais celle du dramaturge, à travers la trace fossile de son écriture. Si le jeu est une contrainte dramatique plus qu'une liberté de l'acteur, l'acteur ne sert plus qu'à justifier une idée qui ne misait pas sur la théâtralité, mais qui voulait en être le cœur. L'acteur finit par être le représentant d'un auteur, son serviteur dont il fait le portrait dans l'invisible. L'interaction devient une épreuve et la discipline artistique perd sa poésie la plus profonde. Au plus profond de l'œuvre, il n'y aura rien d'autre à trouver qu'un auteur qui se sert de l'autorité des cors pour affirmer sa pensée. Ce n'est plus un mouvement vivant, mais la représentation égotique d'un être absent. Le dramaturge va chercher le lyrisme dans la confiance qu'il donne en l'acteur, seule entité capable de le produire concrètement. Le dramaturge va chercher son lyrisme dans un dialogue vivant avec ses acteurs. L'écriture de théâtre invoque par le lyrisme, lo jòi que le contexte aura invité en mémoire seulement. En dramaturgie, le lyrisme n'est pas littéraire, il est concrètement organique, par l'interaction des cors dans leur contexte rugueux. Si un lyrisme s'invite dans un texte théâtral, par un chant qui se suffit à sa littérature, c'est un effet qui produit l'idée que le personnage est attaché à son érudition et qu'il ne peut rien traverser sans elle. C'est une attitude qui manque d'universalité, elle parle au nom d'une élite littéraire plus qu'au nom d'une théâtralité du vivant. La dramaturgie, c'est l'agencement d'un monde rugueux qui met l'acteur en mouvement en invitant son jòi, sans le singer. Une dramaturgie est un poème qui s'écrit au nom d'un monde qui demande, lui aussi, à être transformé par sa rencontre avec le vivant. Le dramaturge n'est pas le démiurge, il le dévoile. Le lyrisme est cet espace manifeste où un état d’intériorité jaillit hors de lui pour vibrer avec son cosmos. Pour le dramaturge, cette intériorité est une extériorité. Une extériorité onirique qui trouve un canal dans le cor de l'acteur, pour être mise dans la trace mouvante du geste. Le lyrisme, c'est le jòi qui accueille le jeu. Il n'est pas le jeu. Il est le contexte organique qui accouche d'une mezura, puis de la pensée. Il est le corps qui s'exprime dans sa propre langue et que la langue essaie de suivre. Tous les états inconscients, tous les mouvements vivants, peuvent être lancés en dehors de l'organe pour imprégner l'invisible de sa matière vivante, c'est lo jòi qui voyage jusque dans l'inerte. Lo jòi, c'est la matière première de l'acteur, pas son enjeu. Lo jòi, c'est l'enjeu du dramaturge, pas sa matière. Le lyrisme est l'enjeu du dramaturge. Il doit tourner autour comme on manque de planter un clou. L'acteur chante depuis le clou, le dramaturge chante le clou. Le lyrisme, c'est ce qui invite une sensation, une phantasia, une musicalité, un sentiment, une émotion, avec laquelle il sera possible d'empathir. Il est la seule forme d'expression qui ne soit pas un commentaire. Il est la trace même du mouvement du corps, La trace del jòi Pendant son apparition. Le commentaire, c'est ce qui est dit, dans la panique, quand l'invisible ne peut être résolu par le geste, et qu'il ne reste plus que la pensée pour résoudre. Le commentaire n'engage aucun jeu, il l'éteint, l'aboutit dans son immaturité. Le commentaire est une transposition de l'être dans la dimension de la pensée cartésienne et alexithymique, qui vient définir une réalité commune quand le réel est devenu trop dense pour fédérer les pensées. Le commentaire C'est le silence Rendu insupportable à l'humanité Quand celle-ci ne sait plus danser. Dans un théâtre vivant, une idée reste mouvante. Elle change sans cesse de vérité et de référentiel. L'idée est la contrainte, une contrainte nécessairement mouvante, malmenée par son interaction avec les cors mouvants des acteurs. Cette contrainte n'est plus un obstacle. Elle n'est pas un objet dont on se débarrasse. Elle est une extériorité à résoudre Comme un pied qui s'agace Pour habiter le silence D'un monde mis en tension. L'écriture dramatique est cette écriture qui invite le lyrisme sans le jouer. Le dramaturge l'écrit, obstinément, sans jamais l'évoquer. La dramaturgie est la forme lyrique d'une écriture qui prend le texte en prétexte, et qui désigne les mouvements invisibles sans les résoudre, en agençant les évènements seulement, Et dans l'absolue confiance donnée aux acteurs pour jouer avec le texte comme on fait tomber un clou. Le texte est l'objet, l'écriture est son mouvement. L'acteur habite l'écriture, pas le texte. L'écriture du dramaturge s'adresse au partenaire, l'acteur, pour lui suggérer l'endroit qu'il doit investir, l'endroit où le mystère est caché de tous, cet endroit où l'acteur doit révéler l'utopie que tout le monde espère. C'est un simple canevas. Dans l'absolu improvisé, il n'est que dans la technique de l'acteur à transformer ses affects en nouveaux événements, qui deviendront eux-mêmes de nouveaux affects Jusqu'à ce même absurde formel et lyrique qui dirige nos vies. L'acteur n'a plus qu'à jouer. Sa partition est enfin Une sorcellerie.