Lentement le cosmos Lentement le cosmos.mp3 Votre navigateur ne supporte pas la balise audio. Lentement le cosmos Lentement le cosmos, Lentement, respire. Lentement Le cosmos, Lentement, S’essouffle. Impossible de me déplacer. Plus assez de place. Plus assez de place pour La raison, Le mouvement. Trop lent. Je suis trop lent car Le cosmos est trop court. Je suis là et lentement, Je suis La proie facile du cosmos. Aussi, Je suis là et lentement et Cela me suffit Amplement. Lentement seulement, Je respire sans peine. Lentement je ne vacille pas, Lentement seulement Je détends Ma transpiration Et ainsi l'eau fine convenablement S'échappe. C'est ce qui me diffère de l'arbre car Je suis exactement Entre L'arbre Et la vague. Mon mouvement est court. C'est ce qui me différencie de la vague. Je me réfugie, Loin du cosmos étouffant. Je m'en vais, Loin dans la lenteur ; Je m'en vais au fond. Au fond, C'est intense et court et sans mouvement. Au fond il y a de la place, Et j'y prends un grand bain de respiration voluptueux et immobile. Dans le bien être calme et silencieux. C'est là que je danse. Je danse la lenteur et le profond. Mes bras flottent et mes jambes Sont attelées À mon vaste canapé. Je trouve le vide. Le vide existe Lorsqu'on sait l’apprécier ; Lorsqu'on sait le danser. C'est un aboutissement délicieux Qui ne saurait attendre la mort. Et alors J'attends sans scrupule Que rien ne se passe. Je regarde les choses Sans philosopher. Elles sont belles toutes ces choses Dépourvues de nature ; Tout comme le fond de mon être Ce fond d'absence parfaite : Celui que je suis vraiment : Un animal. Un animal attend au fond de moi. Lentement, Il dort. C'est ce qui le différencie de la vague Et de l'arbre. Ma lenteur le caresse Pour habiter son sommeil, Pour habiter ses odeurs, Pour habiter ses chaleurs. Lui cache sa tête dans son sommeil. On ne les voit pas mais Il a des dents immenses, Des dents de loup plantées dans son crâne de grizzly. Il dort en ours, Chaud comme un loup. Ses yeux sont ailleurs, Abandonnés dans le nid du hibou, Enveloppés dans les paupières de nuit, Confondus parmi les œufs Et collés de plumes fines ; Oubliés des choses ; Oubliés même du loup au crâne d'ours Qui dort dans son oreille Et qui se berce par sa respiration Lente, Dans son oreille et les yeux ailleurs. Son ventre en bois, Ses yeux ailleurs Son crâne de grizzly Et ses dents massives Sont confinés dans le terrier à l'oxygène rare. Et le loup au fond Danse son sang épais Dans la nourriture de mon temps étalé. Mon loup au fond, Son corps lentement immense, sommeille dans la graisse de mes attentes abouties Attentes abouties d’événements Manquants et heureux. Sa graisse blanche et pure Stratifie son ventre de souche Par zébrures luisantes et lisses. Sa graisse blanche et pure, Qui zèbre son bois poli, Fait de mon loup au fond Une gourmandise. Ce loup profond, Est une épaisse gourmandise, Logée en moi, déjà, En moi profond ; À sa bonne place. Il transpire par sa graisse Des sels et des sucres Aux parfums d'épices animales. Lorsque ma langue s'y applique, Lentement je suis chaud, Lentement les dents soudées Lentement les yeux féconds, Lentement je gonfle, Lentement le museau électrique, Lentement la vapeur des épices, Lentement je susurre à son oreille Lentement des bruits de vie Lentement je m'incarne, Lentement je le réveille. Et des yeux sans poussière Apparaissent dans mon crâne d'ours et S'injectent de sucs vifs. Lentement le muscle durci, Lentement le loup se dresse, Lentement la lune aspire le loup, Lentement il ouvre sa gueule, Lentement les dents se dessinent, Lentement le poumon se déploie, Lentement la gorge est ouverte, Et l'air lentement encore immobile, Encore, lentement immobile puis Lentement le cou large laisse fuir et vibre l'atmosphère déployée de mes ennuis. Le loup a grossi. L'ours monstrueux grandit contre la paroi de mes chairs, Lentement mon souffle haletant Projette ses épices sauvages. Mon propre fond est sorti, Je me suis levé comme une aile de hibou. Lentement, puissant, je regarde les choses et leurs usages et Très vite, Je me salis des lambeaux de mon canapé Et de la femelle qui m'a réveillé et Qui pleure maintenant en découvrant Mes yeux fous de rapace. Et puis, L'amour aidant, Celle-ci voit son regard transformé et La jument aux yeux de biche Applique ses doux naseaux dans le creux de mon fond À fleur, À Vif. Elle enlace de ses courbes endurantes Et nos fonds se fécondent finalement. Lentement la forêt me pousse. Lentement les geais tissent les arbres. Lentement la vague amène le ciel. Lentement, Le cosmos S'ouvre Dans son fond.