Descente
Descente est un triptyque poétique.
Les trois temps sont les suivant :
- Les yeux en esplanade
- L'oeuf du ciel
- Lentement le cosmos
Ce triptyque propose une lecture surréaliste, ou le monde, démunie de ses enjoliveurs, apparaît comme un flot monstrueux l'inhumanité,
Et cela avant
Une résolution par l'intime.
Léopold Sauve
Tout droits réservés
Les yeux en esplanade
La violence en boule
A roulé sur les muscles – et elle les a tendus.
La violence préside.
La violence s'évade.
La violence revient. (Elle...)
La violence écrase.
La violence s'enfuit.
Elle fait demi-tour et elle repasse.
La violence évadée préside les inquiétudes.
Les visages sont tombés.
Les yeux en panique roulent et fuient se tordent de peur sur
L'esplanade des faces déchues.
Puis fatalement ils
Passent sous le rouleau angoissant et
Finissent en esplanade.
Sur l'esplanade des yeux un monde présidé.
Plus la raison est droite,
Et plus la perspective rassure.
Et les axes parallèles rôdent
Dans des formes nouvelles.
Il y a :
• L'Association des Cadors
• Les Désespérés du Faire,
• les Ultra-Riches Analogiques
• Le Terrorisme Solidaire et Compacte
• L'Institution Pudique
• Les Solidaires Contre Les Autres
• Les Footballeurs du Sursis
• L'Autorité Spectrale des Surveillances Avouées
• Le Corpuscule de Priorité à la Maintenance
• La Section Exponentielle du Jeu Engagé
• La Commission Bien Urbaine à la Ponctualité
• Le Colisée des Espaces Purs
Chacun y va de son engagement.
L'esplanade des yeux constate le nouveau corps social.
Les amplificateurs de pensées pratiques
Font vibrer l'esplanade de nouvelles réalités.
L'Association des Cadors évoque
La mosquée des îles accélérées.
Un crédit commun est défini :
Un blâme sans visage
Les enfants de la brèche sont
Les Désespérés du Faire.
Pionnier en filiation,
Ils sont des
Pochoir à couple sans visage
Les yeux entendent.
Ils sont heureux de ne plus avoir à dissocier.
Les Ultra-Riches Analogiques en profitent et
Fixent Leur image démocratique :
« Moitié prix pour les demi-représentés.
No limite pour
Épargner sans visage »
Hourra
Le Terrorisme Solidaire et Compacte
Rend hommage à l'Institution Pudique
En Effet les SCLA (Solidaires Contre Les Autres),
Rebelles pro-chlorés sans visage,
Se réjouissent de leur
Optimisation du bonnet d'âne.
Ils spéculent maintenant sur leurs
Camps de procrastination sans visage.
La frénésie sans visage se répand et
La cartographie de la chute enclenchée
Dessine mystérieusement une immense chasse d'eau
Qui déborde le
Contrat supplémentaire au budget sans visage.
L'offensive a surpris et est totalement autonome et
sans masse et sans visage.
Heureux miracle dans l'économie culturelle
Le football devient le premier exportateur de sûreté nucléaire.
Camion quotidien sans visage
Contre mur violent sans visage,
Explosion nucléaire sans visage,
Impossible de s'en souvenir donc.
Malgré l'invitation de la bourse de Bagdad
Le braconnage des intempéries
est resté peu rentable.
Contrat supplémentaire au budget sans visage.
La population, par contre, elle
Reste rentable à elle même.
L'Autorité Spectrale des Surveillances Avouée
A spécifié dans ses rapports de recherches sur le comportement cohérent
Deux nécessités sans visage :
- L'autorité est un flux constant
- La source autoritaire est multiple, mutante, véloce et participative.
Sans visage les yeux observent et surveillent les menaces.
Le Corpuscule de Priorité à la Maintenance entretient vaillamment ces grimaces
Sans visage.
Dans les soirs de pavés mouillés,
Derrière l'air épais et la nuit chargée des visages évaporés,
Les amplificateurs de pensées pratiques transmettent :
« Ceci est un message de la Section Exponentielle du Jeu Engagé,
Les cheveux sont sortis de la masse noire,
Il est l'heure, dépêchez-vous. »
Et toute la population entre
Dans un gargouillis vibrion statique.
Les gens s'affairent.
Ils bougent,
Ils mangent des trucs,
Ils voient des choses,
Ils parlent de tout.
Ils se cognent dans leurs boîtes,
Ils soufflent du noir,
Ils suent dans leur salle de bain,
Ils se coiffent longuement,
Ils sautillent,
Ils brassent,
Ils lèvent leurs mains, tombent leur menton
Et vis versa.
Ils s'agitent,
Ils s'épuisent,
Et au début de l'heure déjà,
Ils finissent par tomber.
L'hormone de la pensée commune a fait finir ce jour et
Toute la nuit
L'heure passe
Au milieu des corps allongés.
Les cliquetis des tics nerveux
Finissent d'endormir les insomniaques.
Dans les matins horizontaux,
La Commission Bien Urbaine à la Ponctualité s'affaire à l'amplificateur :
« Ceci est un message de la CBUP.
À titre culturel,
Je vous demande de passer.
Nous avons rassemblé votre monnaie et l'avons écoulé dans l'affluence des massacres parce que vous,
Vous êtes des clowns. »
Les entités sans visages se réveillent.
Ils sont des clowns.
Des pauvres clowns sans visage.
Une population de genre de clown qu'on appelle clown parce qu'ils jouent
À un jeu qu'eux seuls comprennent.
Ils se lèvent ces clowns,
Ils avancent un par un.
Juste un par un, ils passent.
Ils passent et eux savent bien pourquoi ils font ça.
Ça les réchauffe.
Ils iront jusqu'au bout.
Un par un.
Pareil.
Ils n'ont pas besoin de dire pourquoi,
Tout comme les clowns,
Leur truc c'est de faire des trucs,
Et là ils passent.
Ils passent tous ensemble chacun leur tour.
Ils sont là pour ça.
La rue est un modèle de un par un ;
Un idéal de un par un ;
Un idéal commun idéal.
Un par un donc, méchamment laissés,
Ils défilent
Sans visage,
En rang,
Sérieux comme des clowns.
Le spectacle est lumineux.
La lumière des gaz,
Dans ce matin horizontal,
Crée une ombre vaste
Dans cet hiver de clown ;
Un hiver sans froid,
Qu'on laisse passer,
Pour ne pas gêner,
De la même manière que l'on a
À contourner par respect
La pierre sur le trou au-dessus
Des os tassés des justes.
Quelques sauvages croient en une manifestation.
Ils sont venus vendre des cailloux.
Ils ne parlent pas comme les autres.
Ils hurlent.
Ils sont des
Vendeurs à la sauvette égarés,
Leurs visages répandent une verticalité inhabituelle.
On n'entend qu'eux.
Ils rient (,ils rient fort,) et ils sont perdus.
Ils jaillissent en sculpture,
Comme des totems de pétrole flambant.
Ils sont en avance sur le temps arrêté et
Là où il n'y a que des yeux,
Personne ne les voit.
Et pourtant ils rient.
Annonce du Colisée des Espaces Purs :
« Le déplacement est irréversible.
La victoire au front cherche maintenant la Venise Amniotique.
Il nous faut fabriquer des barques.
Nous comptons sur quelques clowns restant.
La guerre a fait plus pleurer qu'un oignon.
La valeur solidaire doit déposer sa société...
Dans l'heure.
Le but du jeu est de détecter les morts.
Le mort est trompeur.
Le mort est polymorphe.
Peut-être avez-vous un mort dans la tête.
Dénoncez-le.
Le cinéma prendra en charge le déploiement des informations.
Il mettra tout dans un sein, un gros sein rond et chaud qui rendra l'histoire en
petite goutte, goutte par goutte,
Une par une.
Laissées coulées,
Le souvenir sera ainsi maintenu en vie par la force du filtre. »
Second message de la Section Exponentielle du Jeu Engagé :
« Nous avons trouvé un mort dans un chat, ou un lapin.
Il pensait être un gros bagel. C'était à cause de son trou.
Le trou a parlé.
« « L'enfer n'est pas un camp de redressement.
C'est une remise à niveau.
Une fois sortis nous débuterons
Moins nombreux mais
Plus violent
Dans le revers
Plus posé
Des actes certains. » »
Méfiez-vous des morts,
Leurs visages sont troués.
Ne vous laissez pas attendrir.»
Les yeux sont ouverts,
Tendus,
Rendu aveugles par le brouhaha,
Ils cherchent les ombres.
La teinte est rouge.
L'engagement
Est total.
L'œuf du ciel
Les écrans sont propres.
Les murs d'écrans sont cleans,
Des vitrines d'écran à cœurs multiples encoquillés
S'agglutinent en murs de paroles lavées.
Les murs eux-mêmes sont cachés, encoquillés, cleans et propres.
Les cœurs en coque plastiques sont des cœurs d'esclave
Là où et quand
L'esclave à besoin de son maître.
Ce nègre est un nègre nouveau.
Ce nègre nouveau est décoloré.
Ce nouveau nègre est un cœur multiple à coquille de plastique encoquillé et décoloré au savon.
C'est un esclave.
Ne peut plus être fier,
Ne peut plus se tuer,
Ne peut plus souffrir,
Ne peut plus être oublié plus encore,
Il ne regarde plus les courants d'air.
Un esclave
Ne peut plus être fier,
Ne peut plus se tuer,
Ne peut plus souffrir,
Ne peut plus être oublié plus encore,
Et surtout
Il ne peut plus être peintre.
Dans ce nègre il t a d'autres nègres.
Un monde entier de nègres.
Avant ils étaient des clowns.
Maintenant ils sont pleins de nègres.
Les nègres sont l'écran.
Devant eux le reflet. Dans eux le reflet.
Dans chacun d'eux le reflet ;
Un reflet de rêve de clowns.
Les nègres translucides sont le cloaque ailé
Qui pleure sa merde sur le monde
Qu'il continue à faire naître.
L'œuf du clown est brisé dans le ciel vertical,
Brisé dans le ciel vide de l'esclave qui
Pleure maintenant son guano
Pour en maçonner la ville.
Ce goudron, le pansement,
Ce joint qui unit par la colle,
Il est l'anneau du cloaque divin ;
Du dieu qui s'la colle dans
L'espace toxicomane.
Regardez ma télé-vision et
Voyez l'empreinte fossile
De vos fientes érigées ; Elles sont les
Cages à esclave en verrues lépreuses d'asphalte.
Maintenant que tu es là,
Logé dans les tuyaux de mes tornades.
Regarde ma télé-vision.
Regarde-toi dans ma télé-vision,
Petit bit rouge noyé dans l'horreur.
Collé-noyé dans ta toile de savon,
Toile de stats psychologiques
Et de mamelles scolaires ;
Regarde-toi dans cette toile,
À te laisser manger
Par un soleil de merde.
Regarde ma télé-vision,
Tu y verras des publicités.
N'as-tu donc jamais entendu ce mot ?
Publicités ?
Cette chose dont tout le monde raffole.
Cette chose qui te tient
en vie,
au monde,
actif.
Cette chose qui te fait payer
tes absences,
tes absences, et
tes absences.
Regarde mes publicités,
Après ce sera le film :
Le grand film,
Le plus grand,
De ta vie d'attention
De ton corps imberbe et fermé
Où rien d'autre ne transpire
Qu'une odeur carcérale libre.
Regarde-toi
Légèrement habillé,
Dans tes haillons colorés,
Le regard porté d’espérances vaines.
Et regarde-toi déshabillé,
Dans la lumière de mes publicités.
Et regarde-y-toi,
Avec les autres,
Quand vous y êtes, ensemble,
Dehors.
Et regarde-y-vous
ensemble,
Quand, dehors enfin, vous êtes,
Dans vos yeux réciproques,
À vous toucher
l'épaule
le bras
la main
le dos
le ventre
la cuisse
les pieds
Dans mes publicités.
Et puis, dans ma télé-vision,
Il vient cette annonce étrange qui dit
« Hok moula hem
Kikpor ett skok
Imza so houte
Bô Soule »
Regarde ma télé-vision !
Je te veux mystique,
Tu deviens mystique,
Tu aimes être aimé,
Je te veux intelligent,
Tu aimes être intelligent,
Je te veux lucide
Tu deviens intelligent
Tu deviens lucide.
Tu es une proie
aux prophéties
aux sortilèges
à la lumière.
Tu es une proie
dans ma bouche.
dans ma bouche.
dans ma bouche.
…
Un cri résonne et qui n'a jamais été.
…
Il était l'esprit impeccable du nerf cosmique
Qui a explosé par le toit et a
Pourfendu les cloaques célestes.
La fenêtre a fondu dans l'éclaire,
Le mur s'est brisé dans la détonation
Et ta chambre a fleuri.
Et maintenant ses fleurs monstrueuses tentaculaires larges
Caressent et embaument
Un acharnement vital.
Regarde ma télé-vision,
Rentre chez toi ;
Va dehors,
Va ailleurs ! Vas-y !
Va dans ma télé-vision !
Refuse la particule,
Oublie l’ignorance,
Ouvre ta bouche et dis ta note claire
Comme un alexandrin !
Un détail encore,
Parce que le film va commencer :
Le canapé de la marche,
Le coussin de la découverte,
L'atmosphère ventilée de la bulle,
Tout cela est
Ton mouvement maintenant,
Ton mouvement Présent
Et enfin les voilà,
Fracturant le ciel dans le dégueulis du monde,
Dans les projections ouvertes
De ma télé-vision.
Les voilà ! Les voilà !
Les visages aux dimensions rendues,
Les peintures des arts vivants, Les voilà !
Les démarches embrassées et libres,
Les rires échappés,
Les peines ouvertes et entendues,
Ils sont tous là !
Les chants des chevaux,
Les polices délurées,
Les singes volants,
Les arbres souples, Ils sont là !
Les plaines de roches
Le métal soyeux,
Le verbe muet
L'oxygène sanguin
L'air libre
Le temps matière
hourra !
Voilà notre victoire !
Le moteur gronde, oui !
Ce que je montre est dans ton ombre,
Dans ton enveloppe de chair et dans l'ombre de ton enveloppe.
L'organe noir là s'abreuve
Par l’œsophage oculaire
De l’opulent dégueulis céleste.
Le moteur gronde
Sans palpiter.
Le muscle, dans l'effort, ici,
Ne tremble pas.
Maintenant vois-tu
Transpirer l'écran ?
Oui tu le vois ;
Il transpire des lévitations.
Des objets sensés
S'organisent autour de ta vie,
Autour du muscle de ta vie :
Ta création.
Dans ma télé-vision,
Celle que tu regardes en ce moment,
Il y a ta vie
au milieu des autres .
Mais il y a aussi, il y a encore
Tout ce que tu n'as pas
Et que tu n'auras jamais :
Une voiture qui porte ton nom,
Une femme fusionnelle,
Un homme qui t'aime,
Une maison ta mère,
Une flemme productive
Gouverner ton pays
Et l'idée irréelle qu'avec tout ça
Les autres
T'aimeront plus encore.
Ça y est, tu réalises.
Le sombre espace qui t'enveloppe est
Une musique aux yeux fermés.
Cette enveloppe qui te porte
Est maintenant une présence
Et elle danse
et tout autour
La musique ouvre ses yeux d'eau claire,
Ton corps baigne dans son mouvement,
Et quand tu bouges :
De la lumière ;
De la lumière qui jailli sur chaque semblant de mouvement,
Sans aucune limite d'intensité,
Des flaques de lumière,
Des flaques de peintures lumineuses lévitent
En anneau autour de ton mouvement,
En anneau autour de leur source.
Et Saturne est un soleil de peintures
Aux anneaux de prisme aquatique.
Et cette histoire est un plaisir d'enfant
À s'émerveiller comme un adulte puissant
intelligent
et lucide.
Tu continues.
Tu crées l'image et le rêve
Dans ma télé-vision.
À force de transpiration tu
Peuples cette télé-vision de
Formes de
Vies
D'amours de
Guerres,
En lumières,
En couleurs,
En matières,
En textures,
En Aura.
Dans tes forêts de fougère,
Sur la croûte sèche de tes océans de ciel,
Tu fais danser tes jolis monstres.
Les fanfares atomiques défilent
Sur les météores impossibles.
Là l'esclave joue et peint par ses rires
Les long et malins plaisirs
À exploser les têtes
Pour tenter d'en tâcher
le ciel et
fêter sa mousson.
L'artifice des cervelles
Est le clou du spectacle.
L'immense désolation
Était l'ambition du maître mais
Tout n'est ici que joie,
Et plus rien n'est maîtrisé.
On est heureux de tout et
Tout se mélange un peu
Un peu
un peu comme
les dents de cet esclave qui maintenant se boxe
La tête
À grand coup de survie.
Lentement le cosmos
Lentement
le cosmos
Lentement
le cosmos,
Lentement,
respire.
Lentement
Le cosmos,
Lentement,
S’essouffle.
Impossible de me déplacer.
Plus assez de place.
Plus assez de place pour
La raison,
Le mouvement.
Trop lent.
Je suis trop lent car
Le cosmos est trop court.
Je suis là et lentement,
Je suis
La proie facile du cosmos.
Aussi,
Je suis là et lentement et
Cela me suffit
Amplement.
Lentement seulement,
Je respire sans peine.
Lentement je ne vacille pas,
Lentement seulement
Je détends
Ma transpiration
Et ainsi l'eau fine convenablement
S'échappe.
C'est ce qui me diffère de l'arbre car
Je suis exactement
Entre
L'arbre
Et la vague.
Mon mouvement est court.
C'est ce qui me différencie de la vague.
Je me réfugie,
Loin du cosmos étouffant.
Je m'en vais,
Loin dans la lenteur ;
Je m'en vais au fond.
Au fond,
C'est intense et court et sans mouvement.
Au fond il y a de la place,
Et j'y prends un grand bain de respiration
voluptueux et immobile.
Dans le bien être calme et silencieux.
C'est là que je danse.
Je danse la lenteur et le profond.
Mes bras flottent et mes jambes
Sont attelées
À mon vaste canapé.
Je trouve le vide.
Le vide existe
Lorsqu'on sait l’apprécier ;
Lorsqu'on sait le danser.
C'est un aboutissement délicieux
Qui ne saurait attendre la mort.
Et alors
J'attends sans scrupule
Que rien ne se passe.
Je regarde les choses
Sans philosopher.
Elles sont belles toutes ces choses
Dépourvues de nature ;
Tout comme le fond de mon être
Ce fond d'absence parfaite :
Celui que je suis vraiment :
Un animal.
Un animal attend au fond de moi.
Lentement,
Il dort.
C'est ce qui le différencie de la vague
Et de l'arbre.
Ma lenteur le caresse
Pour habiter son sommeil,
Pour habiter ses odeurs,
Pour habiter ses chaleurs.
Lui cache sa tête dans son sommeil.
On ne les voit pas mais
Il a des dents immenses,
Des dents de loup plantées dans son crâne de grizzly.
Il dort en ours,
Chaud comme un loup.
Ses yeux sont ailleurs,
Abandonnés dans le nid du hibou,
Enveloppés dans les paupières de nuit,
Confondus parmi les œufs
Et collés de plumes fines ;
Oubliés des choses ;
Oubliés même du loup au crâne d'ours
Qui dort dans son oreille
Et qui se berce par sa respiration
Lente,
Dans son oreille et les yeux ailleurs.
Son ventre en bois,
Ses yeux ailleurs
Son crâne de grizzly
Et ses dents massives
Sont confinés dans le terrier
à l'oxygène rare.
Et le loup au fond
Danse son sang épais
Dans la nourriture de mon temps étalé.
Mon loup au fond,
Son corps lentement immense,
sommeille dans la graisse de mes attentes abouties
Attentes abouties d’événements
Manquants et heureux.
Sa graisse blanche et pure
Stratifie son ventre de souche
Par zébrures luisantes et lisses.
Sa graisse blanche et pure,
Qui zèbre son bois poli,
Fait de mon loup au fond
Une gourmandise.
Ce loup profond,
Est une épaisse gourmandise,
Logée en moi, déjà,
En moi profond ;
À sa bonne place.
Il transpire par sa graisse
Des sels et des sucres
Aux parfums d'épices animales.
Lorsque ma langue s'y applique,
Lentement je suis chaud,
Lentement les dents soudées
Lentement les yeux féconds,
Lentement je gonfle,
Lentement le museau électrique,
Lentement la vapeur des épices,
Lentement je susurre à son oreille
Lentement des bruits de vie
Lentement je m'incarne,
Lentement je le réveille.
Et des yeux sans poussière
Apparaissent dans mon crâne d'ours et
S'injectent de sucs vifs.
Lentement le muscle durci,
Lentement le loup se dresse,
Lentement la lune aspire le loup,
Lentement il ouvre sa gueule,
Lentement les dents se dessinent,
Lentement le poumon se déploie,
Lentement la gorge est ouverte,
Et l'air lentement encore immobile,
Encore, lentement immobile puis
Lentement le cou large laisse fuir et vibre l'atmosphère déployée de mes ennuis.
Le loup a grossi.
L'ours monstrueux grandit contre la paroi de mes chairs,
Lentement mon souffle haletant
Projette ses épices sauvages.
Mon propre fond est sorti,
Je me suis levé comme une aile de hibou.
Lentement, puissant, je regarde les choses et leurs usages et
Très vite,
Je me salis des lambeaux de mon canapé
Et de la femelle qui m'a réveillé et
Qui pleure maintenant en découvrant
Mes yeux fous de rapace.
Et puis,
L'amour aidant,
Celle-ci voit son regard transformé et
La jument aux yeux de biche
Applique ses doux naseaux dans le creux de mon fond
À fleur,
À Vif.
Elle enlace de ses courbes endurantes
Et nos fonds se fécondent finalement.
Lentement la forêt me pousse.
Lentement les geais
tissent les arbres.
Lentement la vague
amène le ciel.
Lentement,
Le cosmos
S'ouvre
Dans son fond.